Théâtre

Le Tartuffe de Peter Stein au Théâtre de la Porte Saint-Martin est sur-prenant

Le Tartuffe de Peter Stein au Théâtre de la Porte Saint-Martin est sur-prenant

30 septembre 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Le metteur en scène Peter Stein réunit Jacques Weber et Pierre Arditi pour un Tartuffe à la partition poussée qui enchante le public du Théâtre de la Porte Saint Martin.

Dans le même théâtre l’année dernière, Michel Fau était un Tartuffe baroque avec Michel Bouquet en fragile  Orgon à la démarche appliquée. Peter Stein a relu la pièce. Il ne cède rien à la critique de la religion et renoue avec l’alexandrin clamé, hémistiche prononcé. Le décor cathédral de Ferdinand Woegerbauer est épuré, blanc, minimaliste; l’intérieur est dépouillé, clinique. Chez l’austère Orgon, la vie est toutefois à la fête et la pièce débute par une fête entre la musique de Lully, celle d’un bal musette ou un rock contemporain.

Catherine Ferran, sociétaire honoraire de la Comédie-Française, réussit dans un tel décor à prêter sa voix et son talent à madame Pernelle, mère d’Orgon, mère fouettarde déçue par la nouvelle génération. Marion Malenfant nous agace avec délice en Marianne indéfiniment pleureuse tandis que Isabelle Gélinas offre son talent en construisant une solide Elmire. Et quelle joie que cette Dorine, devenue ici un personnage cardinal interprétée par  la véhémente Manon Combes. Notons enfin et entre autres le jeune Juttner qui semble avoir de qui tenir. 

Cependant, le propos est ailleurs et en principal dans la rencontre de deux géants du théâtre français : Pierre Arditi et Jacques Weber. Stein réimplante la pièce dans l’époque de sa création. Elle fut une pièce à controverses. Avant même de se titrer Tartuffe ou l’imposteur, la pièce Tartuffe fut censurée car violemment anti cléricale et quasi insurrectionnelle. Alors un final obséquieux envers le roi fut ajouté. Stein -c’est une des belles surprises de la pièce-  invente un final spectaculaire avec dans le rôle de l’exempt, agent royal, Bernard Gabay parfait.

C’est cette peur de la censure siégeant dans un hors champ pensé par Stein qui emporte la proposition. Le final à la gloire du roi ne suffit pas à faire passer le texte. Il ajoute le burlesque et la parodie, il cherche l’adhésion d’un large public. Il veut le faire rire à tout rompre. Pour y parvenir, les comédiens sont invités à surjouer, à clamer avec emphase et moult clowneries. Ils en font des caisses. Le risque était grand de décider d’une telle posture classiquement attribuée aux mauvais acteurs. Sauf que Ardiiti et  Weber restent monstres dramatiques alors même qu’en cabotinant. Ils jouent tout en s’amusant de leur personnage. C’est à la limite de la parodie et c’est épatant.

La pièce réduite par quelques coupures est un grand plaisir innocent de théâtre. La réflexion viendra ensuite dans l’après coup de l’attachante proposition de Peter Stein .

Le Tartuffe de Moliere, mise en scène de Peter Stein.

Crédit photo Pascal Victor

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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