Théâtre
Splendide Mademoiselle Julie de August Strindberg à la Tempête

Splendide Mademoiselle Julie de August Strindberg à la Tempête

14 novembre 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Elisabeth Chailloux décide de monter la pièce dense de Strindberg à la Tempête Salle Copi. Pour notre bonheur elle en saisit l’épaisseur et l’esprit. Les comédiens autant que le texte, impressionnent.

A la faveur de la nuit et de l’alcool, au sein d’un huis-clos tragique les destins de Julie, la jeune aristocrate, et de Jean, le valet du père, vont se télescoper sous le regard de Kristin, la cuisinière. Julie est jeune riche et belle. S’autorisant toutes les libertés, elle invitera le valet à danser. Les valeurs vont s’inverser. Lors de cette nuit de la Saint Jean elle va vivre avec le serviteur de son père une aventure torride. Mais peut on imaginer que l’on puisse échapper à son destin ?

Le récit de Strindberg est un chef d’oeuvre. Il nous parle de la loi des hommes, celle du patriarcat, du capitalisme, de la séparation des classes. Il la dissèque. Il en livre une édifiante leçon d’anatomie. Mais aucun coup de bistouri ne tue cette loi. Nous restons enchaînés à notre condition sociale et à notre genre. Les hommes, les femmes, les riches, les pauvres ne mangent ne boivent ne rêvent ni n’aiment de la même façon. Le constat laisse un goût amer. La pièce est rude. Julie (Pauline Huruguen)  bouleverse lorsque fébrile elle s’acharne à revendiquer une liberté interdite, Jean (Yannik Landrein) agace lorsque, pathétique il donne l’assaut à son  destin et Kristin (Anne Cressent) est poignante lorsqu’elle cauchemarde, entre en transe ou réfugie ses espérances à l’église, remplaçant la loi par le dogme. 

Le décor est cru et moderne et deux actes sont joués pleins feux. Les choix esthétiques sont malheureux ou du moins étranges sauf à supposer que Élisabeth Chailloux souhaite restituer le naturalisme du drame. Si elle poursuit ce réalisme, le public enthousiaste la rassurera. Les comédiens fabriquent toutes les nuances et les applaudissements sont soutenus. Pauline Huruguen est merveilleuse, elle défend une Julie quasi parfaite, elle est tout à la fois mythique, romanesque,  enfantine, dégrisée, déréalisée et authentique comme la voulut Strindberg. Elle pourvoit à son personnage et la puissance du romantisme et celle du naturalisme. Sa mademoiselle Julie est la plus juste depuis longtemps. Yannik Landrein, formidable supporte le trait avec brio.  Anne Cressent subjugue par son talent à construire un personnage si proche et pourtant si fictionnel. Les trois comédiens sont remarquables. Nous pénétrons le texte et rencontrons chaque antagonisme, dilemme et problématique. On comprend et ressentons tout.

 

Mademoiselle Julie, de August Strindberg, traduction et mise en scène Elisabeth Chailloux à la Tempête, Rte du Champ de Manoeuvre, Cartoucherie de Vincennes, du 7 novembre au 8 décembre. Durée 1H30.

Crédit Photos : © Alain Richard / Bellamy / Morgane Delfosse

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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