Théâtre

« Sous d’autres cieux », Maëlle Poésy offre un écrin aux exilés au Festival d’Avignon

« Sous d’autres cieux », Maëlle Poésy offre un écrin aux exilés au Festival d’Avignon

07 juillet 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’artiste associée au Théâtre Dijon Bourgogne s’empare avec élégance du Cloître des Carmes pour une relecture de l’Enéide. Des fulgurances, mais une pédagogie trop lourde.

Aller chercher chez les antiques notre actualité, c’est un credo qu’Olivier Py maîtrise. La filiation est donc juste et Maëlle Poésy fait le bon choix en puisant dans le corpus ce texte de Virgile qui regarde les vaincus en face.  Au début, on rencontre une meute qui court, qui fuit, composée de Harrison Arevalo, Genséric Coléno-Demeulenaere, Rosabel Huguet, Marc Lamigeon, Roshanak Morrowatian, Philippe Noël, Roxane Palazzotto et  Véronique Sacri. 

Nous sommes après la chute de Troie au moment où les troyens cherchent une terre d’accueil. La terre, justement, recouvre tout le sol des Carmes aux arcs intelligemment bouchés par des portes en verre qui formeront les maisons des Dieux.  D’un côté un lustre surplombe un salon bourgeois, espace où Enée (Marc Lamigeon) peut se confier. De l’autre, une accumulation de gradins ornés de néons sera l’Olympe.

Cette autre Odyssée est l’occasion de croiser d’autres peuples et d’autres langues. L’une des bonnes idées de la pièce est de créer une espèce de Babel où les Dieux se comprennent sans traduction. Dans ce long exil qui dure 2H30, on regrette des tunnels très didactiques. Il y a une volonté trop forte d’expliquer l’histoire dans ses ramifications familiales. 

Et pourtant c’est dans sa direction et dans son geste plastique que Poésy excelle. L’entrée en scène du dément Harrison Arevalo (tellement adoré dans Les Idoles), en un Jupiter espagnol, sexy et macho, est une jubilation. Les humains ne sont rien, manipulés comme des marionnettes par la volonté des dieux. Cela est très bien montré. Le casting est inégal mais on retient particulièrement le jeu poignant de Philippe Noël en Anchise qui au royaume des morts guide son fils dans un travail vidéo subtil où les limbes sont stylisées.

Dommage que l’aspect pédagogique écrase la scénographie fine. On ne peut que saluer l’idée de vouloir encore et toujours relire Virgile,  qui en 2019 ne peut se regarder que face à la Méditerranée.

Jusqu’au 14, Cloître des Carmes, durée 2H

Visuel : Sous d’autres cieux – © Jean-Louis Fernandez

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