Théâtre
Sherlock, boniment de rue osé et hilarant pour spectateur casse-cou [Chalon Dans La Rue]

Sherlock, boniment de rue osé et hilarant pour spectateur casse-cou [Chalon Dans La Rue]

22 juillet 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

L’un des succès de Chalon Dans La Rue cette année est sans nul doute Sherlock Holmes, un spectacle osé mené de main de maître. Il fait le pari – payant – de co-construire le spectacle avec les spectateurs. Il y ajoute le risque de faire reposer l’essentiel des ressorts comiques sur un personnage principal antipathique, qui va se moquer tour à tour des membres du public. Cela pourrait être odieux, mais c’est fait avec talent et les spectateurs adhèrent presque unanimement.

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A considérer la foule qui s’agglutine dans le Jardin de l’Arquebuse pour le voir, le spectacle Sherlock Holmes, son dernier coup d’archet, de la Compagnie des Ô, est un franc succès.

On vient ici pour rire, car le spectacle est très drôle, mené avec brio par un duo fait d’un bonimenteur et de son complice musicien. Ensemble, ils tissent l’histoire, la dernière histoire, de Sherlock Holmes, car c’est bien de conter la mort du héros qu’il s’agit. Pour cela, en plus de la musique et de la parole, de nombreux accessoires sont utilisés, une galerie soigneusement choisies de costumes – dont tous ne sont d’ailleurs pas destiné aux artistes eux-mêmes – et même un peu de marionnette, pour figurer l’infâme Moriarty.

Pourquoi, alors, est-ce si drôle? Evidemment, il s’agit du choix de narration et de mise en scène délibérément opéré par les deux créateurs du spectacle, mais, surtout, il s’agit d’une pièce construite avec l’aide des spectateurs, dont chaque représentation est donc frappée au sceau de l’unique. Et c’est à cet endroit que se déploie le talent, qu’il faut profondément saluer, du bonimenteur qui sera l’artisan central du spectacle, en incarnant un rôle périlleux, qui lui demande tout autant une immense capacité d’improvisation, beaucoup de mauvaise foi, et énormément de bienveillance. Car le spectacle n’est pas seulement construit avec les spectateurs: il repose sur eux, dans la mesure où le principal ressort comique tient à ce que le personnage principal est un odieux despote, qui manie son humour acerbe et politiquement incorrect contre certains membres du public qu’il choisit et qu’il met ensuite en scène pour faire avancer l’histoire, non sans les bousculer un peu au passage.

Le risque pris est donc très grand, mais il est clair que la majorité des spectateurs s’en délecte – majorité écrivons-nous, car certains peuvent se sentir agressés, et vivre assez mal le fait d’être ainsi embarqués, finalement contre leur gré, dans une situation où ils sont les dindons de la farce. Cela demande une grande finesse, pour l’artiste, de percevoir qui se prêtera le plus volontiers au jeu, et à amener ses partenaires d’un jour à progressivement accepter leur rôle. On imagine qu’il peut y avoir des loupés! Et il y a toujours une ou deux plaisanteries de très mauvais goût qui s’échappent du flot constant de vannes qui se déversent sur le public… mais si l’on accepte que c’est la règle du jeu, et qu’on en prend son parti, cela donne un résultat très amusant. Toujours est-il que la cible et le ressort des plaisanterie n’est pas toujours du meilleur goût, ce qui donne, infailliblement, envie de citer Desproges: « On ne peut pas rire aux dépens de n’importe qui. On peut rire des forts mais pas des faibles. »

Toujours est-il qu’il faut rendre à César ce qui plaît au public: un talent d’improvisation ébouriffant, une bande son exquisément orchestrée, une construction du spectacle diaboliquement bien pensée. Un spectacle qui mérite dix fois qu’on lui donne sa chance… mais peut-être ne se mettra-t-on pas au premier rang!

Tous les soirs Pastille 25 au Jardin de l’Arquebuse, à 20h.

 
Idée originale et interprétation – Fabrice BEZ et Nicolas TURON
Texte – Nicolas TURON
Composition musicale – Fabrice BEZ
Création lumières et Régie – Emmanuel HUMEAU
Regards extérieurs – Greg TRUCHET, Simon BONNE
Costumes – Lesli BAECHEL
Réalisation Marionnette – Cécile CHEVALIER
Coachs Marionnette – Louis-Do BAZIN et Delphine BARDOT

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