Théâtre
« Scènes de Violences Conjugales » de Gérard Watkins

« Scènes de Violences Conjugales » de Gérard Watkins

26 novembre 2016 | PAR David Rofé-Sarfati

Gérard Watkins nous avait déjà stupéfié par son talent avec Je ne me souviens plus très bien, pièce entre docu et fiction superbement scénarisée sur la question de la maladie d’Alzheimer. Cette fois il s’intéresse à la violence faite aux femmes et sa pièce, aussi parce que nous venons de consacrer une journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes mais surtout parce qu’elle est une œuvre dramatique aboutie est à voir le plus vite possible.

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Deux couples. Liam et Rachida, Annie et Pascal. Liam jeune loulou hâbleur fuit une adolescence tourmentée en province et s’installe en région Parisienne où il rencontre Rachida qui tente d’échapper à l’engourdissement psychique et intellectuel de son milieu familial. Annie à la recherche d’un travail en région Parisienne et dans l’espoir de retrouver ses filles gardées par ses parents rencontre Pascal, un photographe tourmenté. Les deux couples vont s’installer dans un meublé. Petit à petit, la violence conjugale va s’installer entre eux, jusqu’à ce que les femmes décident d’y mettre fin et qu’une rédemption advienne par le truchement de médiateurs, et d’un optimisme digne des fins à la Molière.
Le décor est simple. Une musicienne derrière sa batterie va au fond de la scène, par des percussions magnifiques erratiques et en même temps pertinentes enrober et étayer le texte, le sous-texte et les ellipses. Au centre dans un dispositif en triple frontal une estrade en triangle qui figure, ajoutant encore un peu plus au réel, le théâtre de rue et le minimaliste support d’un psychodrame thérapeutique. Car la performance semble vouloir être le plus proche d’un docu tout en pourchassant, et on retrouve le talent déjà constaté chez Watkins, une authentique œuvre de fiction avec la déréalisation indispensable à notre plaisir esthétique, littéraire et dramatique.
Le texte est une construction merveilleuse. Tout est traversé. Watkins pose d’abord le choc qui est aussi contexte, de la violence sociale et économique, de la violence politico-policière et géo politique. Puis se déploie devant nous dans chaque être et sans que l’amour ne cède jamais une violence vers l’autre, faite de dépits, de griefs, de déconvenues et de déceptions ; une violence construite aussi de cette détresse des hommes à soutenir leur narcissisme sauf à se soulager sur leur femme qui par ailleurs, parce qu’un père et son image se sont retirés et avec ce père les doux auspices de l’autorité, est exhortée à protéger son mari. Le personnage de Liam, comme celui de Pascal, est splendide dans ce détricotage précis et fin de ce qui fait la violence. Simultanément nous partageons cette sidération lorsque le premier coup tombe, une sidération magnifiquement représentée pour un déjà là, un prévisible auquel nous sommes aussi subtilement préparés. Le texte est aiguisé. Les deux couples de deux milieux sociaux opposés se fondent dans la même problématique. La détresse est commune. L’aveuglement des hommes est fondamental. S’il y en a qui le font par plaisir qu’ils le disent, crie Pascal ; jusqu’à même la jouissance inexprimable de l’agresseur est ici dite. Rien n’est évacué et de ce biais intrépide et pénétrant dans la réalité la plus crue émerge l’œuvre, à la façon d’un Visconti du néo réalisme italien.
A la différence toutefois que Gérard Watkins n’utilise pas des amateurs mais au contraire des comédiens fantastiques qui ne lâchent rien sous la force du texte.

Un grand texte à ne pas rater.

 

 

 

Texte et mise en scène Gérard Watkins

avec :
Hayet Darwich
Julie Denisse
David Gouthier
Maxime Lévêque
Yuko Oshima
scénographie Gérard Watkins
lumières Anne Vaglio
régie générale Franck Lezervant
régie lumières Jean Huleu
production déléguée Perdita Ensemble, cie conventionnée par la DRAC Île-de-France. En coproduction avec Espace 1789-Saint-Ouen ; avec le soutien de l’ADAMI et la « culture avec la copie privée », du Fonds SACD, du FIJAD – DRAC et Région PACA, de la SPEDIDAM, d’Arcadi ; de la Ville de Romainville ; avec l’aide à la création du Centre National du Théâtre ; du Centre National du Livre ; en coréalisation avec Le Colombier-Bagnolet

 

Infos pratiques

Association Arsène
Studio Théâtre (STS)
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