Théâtre

« Je ne me souviens plus très bien » : au pays de Watkins, un monde inspiré mais trop de concepts

« Je ne me souviens plus très bien » : au pays de Watkins, un monde inspiré mais trop de concepts

22 septembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

La « manière d’affronter le temps et la réalité » d’un personnage : tel est ce que nous expose Gérard Watkins dans sa nouvelle pièce. L’affrontement a lieu dans un univers décalé et stimulant. Fabien Orcier, à la fois massif et fragile, nous transporte. Mais cette fois, l’ensemble reste un peu trop formel…

[rating=3]

Je ne me souviens plus tres bienAntoine D (Philippe Morier-Genoud) est un historien. Qui connaît sur le bout des doigts tous les événements du XXème siècle. Mais qui a tout oublié de… sa propre vie. Trouvé en pyjama dans la rue, il a été interné. Une jeune aide-soignante bien d’aujourd’hui, et un docteur fatigué fan de Jerry Lewis et de Lino Ventura, le questionnent… Sa chambre va être le lieu d’exercices visant à le guérir. Montées de marches pour retrouver 100% de soi, reconstitution hollywoodienne d’une balade en forêt…

Le grand talent de Gérard Watkins est de faire naître un monde décalé et fantastique, à partir de situations réalistes qui touchent au mal de vivre. Dans sa plus belle réussite, Identité, le corps et la voix déliquescents d’Anne-Lise Heimburger, opposés au caractère bonhomme de Fabien Orcier, arrivaient à nous faire frissonner jusqu’au rire. Dans Lost (replay), le récit était traversé par un souffle qui rendait crédibles et émouvantes les confrontations entre hommes et dieux déchus. Et dans d’autres de ses textes, le langage, conceptuel, atteint à la poésie. Ici, le temps se manifeste au terme d’exercices, au cours desquels les comédiens endossent des rôles : Céline, la jeune aide-soignante, joue à guider le vieil Antoine sur un sentier de forêt, jusqu’à un « objet » qui l’obsède… qui pourrait être la clé de son passé… Un arbre, en fait. Qui se met à parler comme Didier, le docteur… Le seul moyen qu’a Antoine de réagir ? la parole. L’échange qui découle de la situation a de la force. D’autant plus que le talentueux Fabien Orcier laisse aller son corps et sa voix à la transformation. Comme, parfois, à la lassitude.

Je ne me souviens plus tres bien 2Mais au sein du spectacle, un vertige manque : celui du flottement de ces identités. « Qui sont ces personnages, les uns pour les autres ? » La question est posée. Mais on ne la ressent pas assez. Les trois interprètes sont bons : Géraldine Martineau reste juste, dans l’énergie provocatrice comme lorsqu’elle laisse émerger des sentiments enfouis ; et Philippe Morier-Genoud, décalé et rigolard, nous accroche. Mais par moments, les caractères demeurent au niveau du concept. Notamment lorsque les registres de langue varient. La question des générations qui s’opposent apparaît trop soulignée, pas assez incarnée… C’est dans les passages où se matérialisent les fantômes qu’on est le plus émus. Les souvenirs du personnage principal, difficiles à faire émerger. Donc difficiles à vaincre. Des fantômes du temps passé que l’on est prêt, nous aussi, à affronter. Avec plaisir.

Je ne me souviens plus très bien, texte et mise en scène : Gérard Watkins. Avec Géraldine Martineau, Philippe Morier-Genoud, Fabien Orcier. Durée : 1h30. Les précédents spectacles signés par Gérard Watkins et la compagnie Perdita Ensemble sont disponibles en Dvd.

Visuels : © Giovanni Cittadini Cesi

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