Théâtre

La savoureuse adaptation par Thomas Le Douarec de L’idiot de Dostoïevski au Théâtre 14

La savoureuse adaptation par Thomas Le Douarec de L’idiot de Dostoïevski au Théâtre 14

24 mai 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Après le succès mérité du Portrait de Dorian Gray avec ses 500 représentations, Thomas Le Douarec reprend tous les risques. Il fait tapis avec une adaptation périlleuse du chef-d’œuvre de la littérature russe, L’Idiot de Dostoïevski . Une fois encore il emporte la mise appuyé par un amour du texte et de son esprit et par une direction d’acteurs impeccable.

Elle est aussi menteuse et égoïste que moi sauf qu’elle ne le sait pas.

Le prince Mychkine rentre de Suisse où il a passé sa jeunesse. Après plusieurs années de sanatorium pour soigner une épilepsie et, selon le corps médical, une forme d’idiotie, il rentre ruiné et faussement guéri. Sans le sou, mais avec son titre de noblesse et en poche un certificat de recommandation, il tentera de pénétrer les cercles fermés de la société russe. Il se retrouvera par hasard mêlé à un projet de mariage d’une jeune femme très belle, au nombreux soupirants, mais dont le seul amant est un général, son tuteur de 55 ans qui l’a élevée et en a fait sa maîtresse obligée dès la petite adolescence. Au cours d’une intrigue aux multiples rebondissements, Mychkine va découvrir le sentiment amoureux et son corollaire dépit. Il découvrira aussi l’humanité et ses égoïsmes. Le roman saura se déployer aussi drôle qu’acide. À l’âme russe, l’histoire chemine de rebondissements en quiproquos avant de s’achever sur une tragédie. À chaque péripétie, Thomas Le Douarec restitue, c’est son talent, le comique de situation et, c’est sa gourmandise, le plaisir des aphorismes.

L’Idiot est une traversée dans les tréfonds de l’âme humaine. 

Avant le lever de rideau, une musique jouée dans le noir prépare le public. Au sein d’une contrée lointaine, une histoire fantastique comme celles qui servent à border les enfants va nous être racontée. La production contrainte économise sur les lumières et les décors. Néanmoins, dés la première scène, nous sommes à bord du train de retour de Mychkine, puis durant plus de deux heures sans mou, tout est là devant nous, les costumes magnifiques compris. L’art du récit de Dostoïevski rencontre la force de l’adaptation de Thomas Le Douarec et de l’interprétation de sa troupe. Arnaud Denis défend un Prince Mychkine attendrissant, il compose admirablement la figure christique et désinhibée de l’idiot utile.  Gilles Nicioleau, alter ego du metteur en scène a besoin d’une petite période d’échauffement;  il compose un Rogojine truculent, physique, animal et sage à la fois, tandis que Bruno Paviot est un lumineux LebedevDaniel-Jean Colloredo est un hilarant généralMarie Lenoir à la voix profonde et au jeu badin ajoute une dimension vaudevillesque à la proposition.  Marie Oppert épatante est une découverte de la distribution par son engagement et sa présence sur scène.  Solen MarianiFabrice Scott et Caroline Devismes magnifique princesse, finissent d’enrichir le casting. Sans psychologisation, hors celle utile d’un Rogojine s’enveloppant du châle de  la princesse au final, chacun incarne une âme humaine complexe; le roman russe est traité avec un grand respect.

Est-ce que le feu sait où il va?

La pièce est une pièce comique. Elle est aussi un conte philosophique doublé d’une satire sociale. Elle est surtout une histoire sur l’amour et ses passions. L’empilement de ces strates, la patte comique du metteur en scène, l’extrême beauté de certaines scènes comme la scène en bleue de la harangue à la foule, l’engagement réjoui des comédiens nous procure un moment de théâtre chaleureux, parfois brûlant. Ce feu du théâtre se découvre jusqu’au 30 juin au Théâtre 14, porte de Vanves.

Du 17 mai au 30 juin 2018

L’IDIOT
de Fiodor Dostoïevski
mise en scène Thomas Le Douarec
Avec:
Arnaud DENIS, Prince Mychkine
Thomas LE DOUAREC ou Gilles NICOLEAU, Rogojine Parfione
Bruno PAVIOT, Lebedev
Daniel-Jean COLLOREDO, Le général Epantchine / Le général Ivolguine
Fabrice SCOTT, GaniaIvolguine
Marie LENOIR, La générale Epantchine / La générale Nina AlexandrovnaIvolguine / Daria
Marie OPPERT, Aglaé Ivanovna Epantchine / une femme de chambre de Nastassia
Solenn MARIANI, Adélaïde Epantchine / Varia Ivolguine / Totski
et Caroline DEVISMES, Nastassia Philippovna

2H20

Théâtre 14
20 avenue Marc-Sangnier
75014 Paris 14e

Infos pratiques

Les Rires du Monde de Saint Denis
Musée de l’Histoire Urbaine et Sociale de Suresnes
Camille Hispard

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