Théâtre
Reprise d’Ivanov dans la mise en scène de Luc Bondy à l’Odéon, réchauffé mais recommandable

Reprise d’Ivanov dans la mise en scène de Luc Bondy à l’Odéon, réchauffé mais recommandable

04 octobre 2015 | PAR Mathieu Dochtermann

Luc Bondy reprend l’Ivanov qu’il avait déjà présenté en début d’année à l’Odéon. La pièce avait rencontré un succès certain, et l’interprétation impeccable de Micha Lescot dans le rôle-titre a entre-temps fait – à juste titre – l’objet d’une nomination aux Molières. Mais cela vaut-il le déplacement pour ceux qui ne l’ont pas encore vu?

[rating=4]

Ivanov n’est pas une pièce facile. Tenir 3 heures et 20 minutes sur l’ennui existentiel, la précarité des existences, l’insignifiance des passions humaines, la mort, la superficialité comme guenille jetée sur l’oisiveté pour en dissimuler la débilitante vacuité, c’est une gageure. L’écriture de Tchekhov est brillante, évidemment, mais Luc Bondy a le mérite de signer une mise en scène faussement simple, qui sert extrêmement bien le texte. L’air de rien, le ballet des multiples personnages est finement réglé, avec la grâce qui feint l’absence d’effort. La mise en lumière est subtile. Juste ce qu’il faut pour servir le texte, pour insuffler vie et rythme à la pièce sans se faire envahissante.

Mais c’est sur le jeu des comédiens, surtout, que repose l’édifice. D’une distribution un peu inégale, on retient particulièrement la finesse et la force de la composition de Micha Lescot, qui porte son personnage d’Ivanov à des sommets – tout en noirceur, tout en fébrilité effacée, tout en nuance. Des instants d’une très grande intensité dramatique émaillent cette longue pièce, qui, tout de même, parfois, s’essouffle et s’étiole à force de s’étirer en longueur – à moins que ce ne soit en langueur?

Alors, certes, on n’est que dans une reprise d’un travail déjà présenté, qui plus est avec la même distribution, et sur la même scène, et, à ce titre, rien de nouveau n’est à signaler. Mais il n’en reste pas moins qu’on est là face à un grand texte et à une belle distribution, dans une mise en scène élégante à défaut d’être créative. Pour ceux ne l’ayant pas encore vu, la pièce vaut le détour: elle ne marquera peut-être pas durablement les esprits, mais l’interprétation juste touche le spectateur au cœur, et c’est bien là l’essentiel.

version scénique de Macha Zonina, Daniel Loayza et Luc Bondy, d’après la première version de Anton Tchekhov et la traduction d’Antoine Vitez

décor Richard Peduzzi

costumes Moidele Bickel

lumières Bertrand Couderc

musique Martin Schütz

maquillages / coiffures Cécile Kretschmar

collaborateurs artistiques à la mise en scène Jean-Romain Vesperini, Marie-Louise Bischofberger

conseiller artistique Geoffrey Layton

avec Marcel Bozonnet, Christiane Cohendy, Victoire Du Bois, Ariel Garcia Valdès, Laurent Grévill, Marina Hands, Yannik Landrein, Roch Leibovici, Micha Lescot, Chantal Neuwirth, Nicolas Peduzzi, Dimitri Radochévitch, Fred Ulysse, Marie Vialle,

et, en alternance, les musiciens Philippe Borecek (accordéon) – Philippe Arestan (violon) et Sven Riondet (accordéon) – Alain Petit (violon),

et les invités Nikolitsa Angelakopoulou, Quentin Laugier, Missia Piccoli, Antoine Quintard, Victoria Sitjà

Visuel : Depagne

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