Théâtre
Prélude à l’agonie, Perez et Boussiron désabusés

Prélude à l’agonie, Perez et Boussiron désabusés

17 janvier 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans un nouveau Western, le duo très excentrique et bien connu de nos services composé de Sophie Perez et Xavier Boussiron continue son exploration du monde oublié du spectacle vivant. La fois de trop ?

[rating=3]

On les adore, il nous font même hurler de rire. Mais quoi ? Gombrowiczshow (2008) nous avait scotché, Oncle Gourdin avait fait figure d’une révélation. En 2011 nous avions adulé cette forêt bordélique où pour de vieux lutins, le théâtre passait de somnifère à art de vivre. En 2013, nous avions été séduits par Enjambe Charles où étaient fustigés les tics du monde de l’art, les personnalités faussement subversives du théâtre et de la danse contemporaine. Avec Prélude à l’agonie, le titre semble annoncer un programme peu reluisant.

Tout va mal ici, nous sommes dans un Western et quoi de plus grave qu’un western même spaghetti ? Il y a forcement une lutte à mort pour avoir sa place au saloon d’une scène nationale. C’est dans un décor qui en avant scène nous présente une maison bourgeoise miniature, y vivent des « nains » ayant à leur service des « grands » et en arrière plan, derrière un très large et monumental rideau de pampilles un bordel accumulatoire dont ils ont le secret. On est toujours avec Perez et Boussiron dans un théâtre de performance où les frontières entre l’art plastique et le jeu sont ténues.
On se prend au jeu de cette parodie où un lord, Phileas Taylor, nous raconte comment il s’est fait avoir par son grand-père qui lui avait fait miroiter l’héritage d’une somptueuse terre, nommée Ivy Island… l’île aux lierres… La conquête de l’ouest est foutue, il n’y a rien à tirer de cet endroit là.
Le postulat de ce spectacle est de tirer à coup de pistolet contre le spectacle vivant contemporain. Ils en maîtrisent les codes parfaitement et jouent de la capacité à entrer dans la case qu’il faudra pour voir la pièce créée.

Alors, quand Stéphane Roger se lance, l’homme sans texte en robe noir, et avec deux projos nous emmène sur une route délirante où on croisera un lapin sous acide, là on vote oui. Mais quand les talentueuses Sophie Lenoir, Marlène Saldana et Françoise Klein jouent à faire apparaître des personnages censés être tous plus kitsch les uns que les autres cela fait un flop.

Pas assez construit, ce bordel là est moins percutant que les spectacles précédents. Leur décor a des allures de déjà-vu et on se lasse de tout même du jeu incroyablement pétillant de Sophie Lenoir (elle assure en meneuse de revue cancan !). Il y a de tout et du rien dans ce spectacle. Et ce trop plein de vide volontaire (on entendra sur le plateau dire « c’est bien mais il y a des longueurs ») font de Prélude à l’Agonie un divertissement qui n’arrive pas à dépasser ce simple cadre. Dommage car on sait à quel point le duo n’aime pas rester en surface. Ils nous avait habitués à servir le fond par le rire et par de grosses ficelles. Prélude à l’agonie serait-il un titre prémonitoire ? On ne leur souhaite pas.

Visuel : © Stéphane Trapier

 

 

Infos pratiques

Odéon Théâtre de l’Europe
Les Gémeaux
theatre_du_rond-point

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture