Théâtre
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Le bestiaire de Sophie Perez et Xavier Boussiron s’invite chez Oncle Gourdin

14 septembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Coup de cœur ou coup de gueule, le public du Rond-point naviguait hier entre les deux attitudes face au nouveau spectacle du tandem excentrique formé par Sophie Perez et Xavier Boussiron. Nous avons plongé avec joie dans cette forêt bordélique où pour de vieux lutins, le théâtre passe de somnifère à art de vivre.

Si l’on se souvient que le spectacle fut créé à Avignon pour le gymnase du Lycée Mistral, on comprend vite que ce décor est un pied de nez. Nous voilà face à un faux cloitre des Célestins, un autre lieu d’Avignon, cette fois patrimonial et en plein air à la magie bien supérieure à une salle dédiée au sport. Tout y est, les coursives, les deux platanes dont l’un au tronc creux. Crée à Avignon, ce spectacle parle beaucoup des traces du festival et pourra dérouter les non-initiés.

A dire vrai, Sophie Perez et Xavier Boussiron ne font dans leurs spectacles que parler ou faire référence au théâtre. En 2009, la reprise de leur pièce foutraque, Gombrowiczshow (2008) nous avait emmenés sur les terrains du cabaret, des séries B et de l’opérette. Oncle Gourdin nous embarque dans un lieu flippant où des lutins inquiétants s’ennuient tellement qu’ils passent leur temps à  » faire peur aux promeneurs ». L’un commence à lire du Claudel, un extrait du partage de midi et cela endort immédiatement les autres lutins qui trouvent alors un repos mérité, une fois venus à bout de Claudel, ils s’attaquent à son plus grand fan, Olivier Py. Son épître aux jeunes acteurs dérange déjà un peu plus nos amis, mais quand vient le temps de lire Pasolini, là, le virus les prend. Ils se mettent alors à tenter de faire du théâtre. Le basculement réside dans l’entrée de la mort qui pue sur scène. Un des personnages décide contre le grès des autres membres de la communauté de garder ce cadavre.

La figure du lutin, pour les deux metteurs en scène est mythologique. Leurs spectacles invitent des figures sur le plateau. Pour Gombrowiczshow, ils avaient travaillé avec et pour Louise Bourgeois. Ici, le lutin dans une analyse psychanalytique vient représenter la part repoussante de l’enfance. Nous sommes face à un groupe qui joue pour combler l’ennui pour ensuite, se mettre à jouer consciemment et de façon organisée pour exister. Ils en appellent alors aux figures tutélaires et c’est le fantôme de Vilar qui vient rôder dans une scénographie de carton-pâte. La communauté mi hippie-mi beatnik devient alors troupe de théâtre. Ici tout est décalé. Il y a bien un décor, une scène, des entrées et des sorties, mais la pièce est ici un tohu-bohu plutôt amusant.

Les comédiens aux masques et aux coiffures d’ogres réinterprètent alors les grands hits : Sophocle, Euripide, Anne Theresa de Keersmaeker pour finir. Tout est millimétré dans cet univers fou qui ne laisse aucune place à l’improvisation. Affront au théâtre ? A regarder de près le parcours de Sophie, pensionnaire de la Villa Medicis et de Xavier, diplômé des beaux-arts, ces deux-là savent bien au contraire d’où ils viennent. Loin d’être une énième fausse critique du théâtre, Oncle Gourdin leur permet d’intégrer les grands textes pour en faire autre chose dans un show performatif plutôt innovant dans sa dose démence scénographique.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

One thought on “Le bestiaire de Sophie Perez et Xavier Boussiron s’invite chez Oncle Gourdin

Commentaire(s)

  • Christophe

    Très intéressant l’article mais comme l’unanimité n’existe pas, je dirais, pour ma part, que j’ai trouvé cette pièce insupportablement vaine, vide de contenu et d’ambition dramatique. Ses auteurs se veulent anti conventionnels mais signent un spectacle on ne peut plus convenu ; car s’il est de bon ton de brocarder le théâtre de Claudel (encore aujourd’hui ! c’est aussi bête que redondant), assurément le chef-d’œuvre qu’est « Partage de midi » me parait beaucoup plus subversif et plus nécessaire que la mascarade molle et indigente vue hier soir. Ce spectacle est pour moi trop peu inventif, pompier, régressif, hyper vieillot, totalement ridicule de par son décalage avec la radicalité des propos esthétiques et dramaturgiques défendus sur les planches actuellement par des artistes (français un peu, de l’Est beaucoup) qui, eux, ont des choses à dire, bousculent et dérangent parce qu’ils ne cherchent pas à exclure le sens mais nous invitent à la réflexion. Finalement, qu’est-ce que je me suis ennuyé chez ses lutins crétins !

    septembre 14, 2011 at 19 h 09 min

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