Théâtre
Pompée et Sophonisbe, le nouveau dyptique Corneille par Brigitte Jaques

Pompée et Sophonisbe, le nouveau dyptique Corneille par Brigitte Jaques

23 novembre 2013 | PAR Christophe Candoni

Après les succès de Nicomède et Suréna ces dernières saisons (Voir ICI), Brigitte Jaques poursuit sa traversée dans les tragédies coloniales de Corneille et présente aux Abbesses un nouveau dyptique en clair-obscur constitué de Pompée et Sophonisbe.

Le dispositif scénique est similaire aux pièces précédentes. Une longue table traverse en diagonale le plateau figurant un espace neutre de réception publique ou privé, lieu de tous les affrontements, politiques et affectifs, où  s’expriment haine, désir, jalousie, pouvoir, souffrance, avec ambivalence et tourment.

La mise en scène dépouillée oscille entre l’intemporel et certaines touches d’évidente modernité. Dans Pompée, un ordinateur portable trône sur la vaste table dressée de bouquets de fleurs, de mets locaux et d’alcools forts. Les comédiens portent des costumes de ville ou des uniformes militaires d’aujourd’hui.  Le travail de Brigitte Jaques est centré sur l’intelligibilité du texte et le jeu d’acteurs.  Qui d’autre qu’elle fait aussi bien entendre la beauté et la force émotionnelle de l’alexandrin classique ?  La manière de dire les vers par sa troupe habituelle est remarquable dans son équilibre entre le strict respect de la prosodie sans tomber dans un classicisme boursouflé et la passion, le dramatisme avec lesquels la langue est physiquement restituée. Aguerris à ce travail, les comédiens parlent plus qu’ils ne déclament, avec un certain « naturel », et les mots nous parviennent de façon exemplaire car ils sont concrètement adressés et portés de tout leur corps. Le sens s’en trouve grandit, rendu limpide, presqu’évident alors que les intrigues de ces pièces sont aussi riches que complexes.

Une jeunesse fougueuse, bouillonnante s’empare de Pompée dont on apprécie la belle vivacité, le rythme alerte, la tension digne d’un polar, l’humour non négligé,  la sensualité et l’émotion juste. Thibault Perrenoud incarne un Ptolémée impulsif et exalté, lion fou sous la mauvaise influence de Photin (Marc Arnaud) qui n’est plus ici son ministre mais son petit ami ; Marion Lambert est une Cléopâtre fière, délicate et affolée, éprise de César (Pascal Bekkar) qui l’étreint sous la table.

Toutes ces qualités qui font l’énergie vitale de la pièce s’alourdissent et finissent par peser sur Sophonisbe que l’on ne goûte avec le même enthousiasme.  La mise en scène à l’exotisme appuyé paraît moins inventive et  à l’exception du rôle-titre, Aurore Paris, une très belle et sensible princesse, les comédiens y paraissent moins convaincants. Le jeu est poussif, voyez le  Syphax hurlant de Pierre-Stéphan Montagnier et l’Eryxe hyperthéâtrale de Malvina Morisseau. Gageons qu’ils trouveront à l’avenir la respiration et la souplesse qui ont manqué jusque-là.

photo (c) Cosimo Mirco Magliocca. Les représentations des deux pièces se donnent en alternance. Intégralité les samedis (15h30 / 20h30)

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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