Théâtre

Le petit chaperon rouge de Joël Pommerat aux Ateliers Berthier

09 décembre 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Joël Pommerat dévoile la perversité du Petit chaperon rouge

C’est le temps des reprises aux ateliers Berthier avec les deux contes tout public de Joël Pommerat, « Pinocchio » et « Le petit chaperon rouge » dont nous parlons ici. Le passage à l’âge adulte, la découverte du désir et de la sexualité est ici exaltée dans une version modernisée magistrale pour tous à partir de 6 ans.


Sur l’immense plateau noir un projecteur illumine un récitant. L’artiste invité de l’Odéon utilise comme un rituel la voix off pour raconter. A la différence d’autres spectacles du metteur en scène, la voix n’est pas diffusée mais l’homme parle sur scène. Il décrit la situation en mettant en avant les relations entre la petite fille, toute petite, et sa maman, très grande et impressionnante. La maman manque de temps pour sa fille mais prend le temps d’aller voir sa maman qui est vieille et habite seule et loin. La petite fille aimerait aussi voir sa grand-mère mais pour avoir l’autorisation de parcourir seule le long chemin, elle doit prouver qu’elle n’est pas si petite en faisant un gâteau à apporter à la vielle dame.
La mise en scène du conte passe par un travail de précision sonore et visuelle permettant d’éclairer différemment cette histoire si connue en insistant sur la solitude, la sexualité et le passage à l’âge adulte. Ces trois éléments se révèlent dans les rencontres que fait la petite fille. D’abord avec les talons aiguilles invisibles de la mère qui claquent sur le sol dans un bruit incessant alors qu’elle arpente la pièce l’air pressée. Ce symbole de féminité absolue envahit l’espace sonore et écrase la fillette qui souhaite sortir de l’âge de l’enfance. Elle réussit le défi en faisant un flan et part affronter la forêt où un loup cinématographique sera l’objet de toute son attention.
Dans cette version remaniée du Petit Chaperon Rouge, le texte met l’accent sur les origines du conte. En ne montrant que des femmes seules; Pommerat donne une lecture neuve à ce texte que l’on croit si connu. La place de l’homme dans la pièce est celle d’un prédateur pervers ou d’un récitant voyeur qui observe et raconte. La mise en scène par ses jeux de noirs et lumières apporte un environnement à la fois anxiogène et fascinant. On glisse avec délice dans la perversité en espérant tout de même un happy end.
Le Petit Chaperon rouge ,spectacles pour tous, à partir de 6 ans, de Joël Pommerat d’après le conte populaire – mise en scène Joël Pommerat- Ateliers Berthier jusqu’au 26 Décembre 2010, plein tarif 28 euros, tarif enfant 9 euros, Ateliers Berthier-Entrée du public : 1 rue André Suarès – 17e-Métro : Porte de Clichy (ligne 13 / sortie av de Clichy / Bd Berthier- côté Campanile), à 30m du théâtre. Horaires suivant les jours: 14h30, 15h et 20h. Détail ici

Les albums de l’année 2010 (1e partie)
Livres jeunesse : Hyacinthe et Rose de François Morel et Martin Jarrie et Petites et grandes histoires des animaux disparus d’Hélène Rajcak et Damien Laverdunt
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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