Théâtre
« Permafrost » : un souffle qui ne prend pas

« Permafrost » : un souffle qui ne prend pas

13 octobre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Vue aux Francophonies en Limousin, cette mise en scène de Marie-Pierre Bésanger, reprise à Paris à la Maison des Métallos, ne fait pas émerger le mystère contenu dans le texte de Manuel Antonio Pereira. Trop d’effets enveloppent l’écriture. Et le spectacle de rester bloqué au niveau d’un récit trop banal.

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permafrostcPermafrost, la pièce de Manuel Antonio Pereira, est d’une évidente modernité : un personnage de femme, employée dans une usine, raconte, et son récit occupe beaucoup de place ; elle conte l’itinéraire d’un homme mystérieux, un peu sauvage, ouvrier également ; un parcours émaillé de références au monde du travail actuel… Sa mise en scène doit parvenir à articuler ces différentes dimensions. Ce soir, hélas, des images se succèdent. Le cadre de l’usine comme les passages intimes sont marqués par une atmosphère semblable, trop semblable. C’est qu’une bande son envahissante s’invite dans les scènes. Elle vient accentuer leur banalité. Et elle contraint les comédiens à porter des micros. Trop de sophistication : on perd la substance du texte.

Parfois, des ruptures ont lieu. Lorsque, par exemple, Stéphane Schoukroun joue l’ange wendersien qui visite le personnage principal, la voix digitalisée se trouve justifiée. Car il n’y a qu’elle qui résonne : plus de musique. Et la scénographie est très bien pensée : elle permet à l’usine d’exister, sans la figurer totalement. Des vides sont laissés. De même, le monde du travail est suggéré au moyen de la cabine où patrons et médecin observent le héros. Mais ici encore, l’image est trop parlante : elle n’ouvre que sur elle-même.

En fin de compte, on n’est pas pris par la trajectoire peinte. Amours avec une fille jeune, qui conduit le protagoniste au dégoût des êtres humains, puis travail entêté sur les machines, qu’il démonte, torture, puis remonte sous une autre forme… Agnès Guignard, en équilibre entre voix narrative et engagement physique, a beau faire, les scènes intenses laissent indifférent. L’événement final n’émeut pas. Car le jeu semble figé. A la fin, et au début, on remarque que tous les interprètes échangent des regards entre eux, en souriant. Comme s’ils allaient jouer à mimer une histoire. Peut-être cette dimension ludique aurait-elle apporté au texte une distance bienvenue, si elle avait été tenue…

Visuel : © Le Bottom Théâtre

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