Théâtre

« On était une fois », tentative de tendre un miroir au public… avec des peluches!

« On était une fois », tentative de tendre un miroir au public… avec des peluches!

23 mars 2018 | PAR Mathieu Dochtermann

Dans le cadre du Festival MARTO !, Emmanuel Audibert / Cie 36 du Mois présentait sa dernière création, intitulée On était une fois. Un spectacle d’automates agrémenté de musique jouée en direct et d’un (tout petit) peu de manipulation. Comme un miroir tendu au public, un parterre de peluches réagit devant un spectacle… abscons. Très contemplatif. Malgré de belles trouvailles, la pièce manque encore de rythme et d’action.
[rating=3]

Quel jeu de poupées gigognes ! Le public ce soir-là est invité à monter sur la scène du théâtre Jean Arp, pour prendre place sur des gradins. Qui font face à d’autres gradins, miniatures, sur lequel sont installées des peluches. Au pied de ces spectateurs rembourrés, un plateau circulaire d’environ 1,50m de diamètre: une seconde scène, un plateau sur le plateau. Imbrication, miniaturisation, effets de miroir, clins d’oeil seront donc de la partie.

Ce dispositif ingénieux est mis en œuvre, principalement, par de petits moteurs, qui vont animer les peluches, de façon plus ou moins élaborée selon le rôle de chacune et son importance : Souricet, qui est un peu la « grande gueule » du parterre, a des mouvements plus riches que le gorille qui ne fait que lever les bras. Sur la scène-dans-le-castelet, de drôles de petits personnages à tête toute ronde, les « On », passent, entraînés par des tapis roulants ou des ascenseurs. Ils rappellent les formes utilisées dans le précédent (et excellent) spectacle d’Emmanuel Audibert, Qui est Monsieur Lorem Ipsum ? (notre critique).

Dans le spectacle tout juste cité, la multiplicité des automates en jeu, l’échelle impressionnante du plateau sur lequel ils étaient déployés, l’ingéniosité et la diversité de la mise en scène et des situations, contrastaient avec la simplicité des automates. Ce foisonnement d’inventivité était rehaussé par la musique, omniprésente, et par le jeu fin et discret du manipulateur.

Mais On était une fois garde malheureusement peu de cela : la musique, et un soupçon d’humour, ont subsisté. Et, il faut le reconnaître, une réussite plastique: la mise en scène des « On », joliment éclairée, donne de beaux tableaux. Cependant, les interactions manipulateur/créatures se sont faites rares. Le texte est moins poétique et moins drôle, on peut même dire un peu trop présent, et on n’est plus charmé par le surgissement de toutes part de petits automates qui surprennent par la variété de leurs fonctions dramatiques et narratives. Ici, il n’y a plus de narration à proprement parler d’ailleurs, juste une situation explorée à fond, celle d’un public placé face à un spectacle, et qui le commente à voix haute et sans filtre, avant et pendant.

Un spectacle sur l’attente qui est tombé dans le piège du manque de rythme, un propos intelligent mais qui n’arrive pas à se suffire de lui-même… Il se pourrait bien que nous ayons assisté à une séance où tous les mécanismes ne fonctionnaient pas, car les images des répétitions montrent d’autres trappes et d’autres « On », que nous n’avons pas vus. Mais, en l’état, il est permis d’avancer que le spectacle n’est pas assez riche, du point de vue dramaturgique, pour que son énergie ne s’épuise pas assez rapidement. C’est très dommage, certains personnages, et certains tableaux, ont vraiment un très beau potentiel !

On était une fois jouera à Champigny-sur-Marne du 4 au 8 avril, puis au festival RéciDives du 11 au 14 juillet.

Écriture, mise en scène et manipulation : Emmanuel Audibert

Collaboration artistique : Mathilde Henry

Création lumière : Marc Deroche

Regards extérieurs : Jean-Louis Heckel, Sylviane Manuel

Visuels : © Compagnie 36 du mois.

Infos pratiques

Les Écrans Documentaires
Maison Folie Beaulieu
Arp-Jean

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