Théâtre
« Nous ne sommes pas seuls au monde », chef d’oeuvre identitaire d’Elise Chatauret

« Nous ne sommes pas seuls au monde », chef d’oeuvre identitaire d’Elise Chatauret

10 septembre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il est noir et veut être blanc. Parce que l’avenir sera meilleur pour lui.  Lui, c’est « lui », joué par Boubacar Samb, et elle, c’est « elle », Hélène Avice, tous deux sont dirigés dans ce huis-clos admirable par la révélation du Festival Une Semaine en Compagnie : 

[rating=5]

Un public de 40 spectateurs, 20 de chaque côté. Les gens se font face, ils ont au centre un long tapis de danse blanc, comme un podium sur lequel va défiler une vie qui en croise une autre. Ici du Sénégal à la Bretagne, le noir croise le blanc dans une rencontre amoureuse.

Mais avant l’amour, il y a l’enfance et les douleurs des départs, la mère de Lui n’est revenue « là-bas » qu’une fois il y a trente ans pour y trouver ceux qui restent : les neveux, les nièces. La mère d’Elle a continué à parler breton, même une fois arrivée à Paris.

Il l’a choisi elle parce qu’elle avait la bonne couleur, celle qui lui permettrait d’avoir un enfant blanc. Là est le mythe dans ce récit qui se déroule comme dans un rêve. Leur jeu est très doux, les voix sont amplifiées au micro ce qui permet aux deux comédiens de se faire face tout en murmurant. A un seul moment,  ce mode est quitté pour être dans un jeu naturaliste qui détonne amuse et surprend, qui montre surtout qu’Elise Chatauret a de la maîtrise dans sa direction d’acteurs.

Le clair-obscur est ici un jouet qui augmente une tension et fait disparaître un corps. Il y a ici du génie et beaucoup d’élégance. Il faut de la finesse pour ne pas foncer dans le tas d’un spectacle anti-raciste qui avalerait des poncifs, il faut de l’aplomb pour reprendre les thèmes de Koltès sans plagiat.

Parfait, ce spectacle est parfait. On s’enfonce avec Lui dans sa crise, celle qui lui fait dire : « Je rêve parfois d’être incolore, de n’être qu’une impression ».

La violence de se sentir moins que rien, minoritaire, exclu est ici dite avec des petits riens,  sans éclat ni coup de poing.  Le tout est une merveille introspective et intime à ne pas rater.

Le festival Une semaine en compagnie continue jusqu’au 13 septembre au TGP avec Fructus Ventris, Dites-moi que je rêve et La Révolution des escargots : R.A.S

Visuel : © Élodie Ratsimbazafy

Tournée :

Centre culturel Jean-Houdremont-La Courneuve : vendredi 14 et samedi 15 novembre
Collectif 12-Mantes-la-jolie : jeudi 20 novembre et vendredi 21 novembre
Conservatoire Iannis Xenakis-Evry : jeudi 18 décembre
Théâtre du Colombier-Bagnolet : du mardi 13 au dimanche 18 janvier
Théâtre des 2 rives-Charenton : du jeudi 29 au samedi 31 janvier

Infos pratiques

Bar le Duc
Festival Terres de Paroles
Avela Guilloux

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