Théâtre

« Noire », une plongée historique passionnante au Théâtre du Rond-Point

« Noire », une plongée historique passionnante au Théâtre du Rond-Point

25 juin 2019 | PAR melanietlmt

 

Sur la scène de la salle Jean Tardieu, vivez un événement majeur de l’histoire Noire de l’Amérique du Nord, adapté de La Vie méconnue de Claudette Colvin, par l’auteur elle-même, Tania de Montaigne. Saisissant.

Sur la scène, de grands panneaux transparents sur lesquels sont projetés films et photos d’époques.Au centre, vêtue d’un haut et d’une jupe longue noire, Tania de Montaigne. À droite, un ambon destiné à prendre la parole. Lumière.

L’immersion est totale.
Après un voyage dans le temps (les années 50) et dans l’espace (États-Unis), vous n’êtes plus un(e) spectateur(rice) du Théâtre du Rond-Point, mais un ou une Noire de Montgomery, la capitale de l’Alabama. Nous sommes en pleine Ségrégation, et pour ne pas attirer l’attention, vous savez rester discret(e). Muet(te). Invisible. Si vous vous faites oublier des représentants de la Loi, des policiers et des magistrats (tous blancs), vous avez peut-être une chance de vivre en paix puis mourir de vieillesse. Certes, vous ne pourrez jamais vous désaltérer à la même fontaine ou utiliser les mêmes toilettes que ces autres citoyens à la couleur de peau plus pâle. Mais de toute façon, cette pensée seule vous semble si abstraite et inconcevable que vous trouvez plus judicieux de vous contenter des rares libertés que vous possédez déjà.
Enfin, ça, c’est votre façon de réfléchir. Claudette Colvin, elle, veut faire bouger les choses. Le 2 mars 1955, elle choisit de ne pas se lever pour céder sa place de bus à un passager blanc. N’avait-elle pas, comme tous les utilisateurs du car, payé son billet ? Pourquoi alors n’aurait-elle pas les mêmes droits ? C’est ce cheminent d’idées qui la poussent à ne pas céder aux injonctions du conducteur, « Lève-toi ! ».

Son activisme pacifiste, précurseur de celui de Rosa Parks neuf mois plus tard, mit en branle un mécanisme jamais vu. En 1956, la Cour suprême des États-Unis déclare anticonstitutionnelles les lois ségrégationnistes dans les bus, après que la communauté noire ait boycotté pendant 380 jours les moyens de transports en commun.
Cette plongée dans l’Histoire, racontée par Tania de Montaigne du début à la fin, d’une voix parfois tremblante -mais les mots ne dépassent-ils pas l’entendement ?- se veut aussi éclairante qu’alarmante. Permettant de découvrir une figure oubliée mais primordiale en la personne de Claudette Colvin, ce « Noire » alerte par la même occasion sur le racisme ordinaire et à quelle vitesse une situation intolérable peut être acceptée, des oppresseurs comme des opprimés.

À voir d’urgence !

« Noire », au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 30 juin

 

Visuel :© Giovanni Citta Di Nicesi

Infos pratiques

Les puritains à Liége : deux étoiles dans le ciel bellinien
Pourquoi Netflix devient plus cher ?
melanietlmt

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *