Théâtre
Nana au Lucernaire : une plongée dans les bas-fonds de l’univers de Zola

Nana au Lucernaire : une plongée dans les bas-fonds de l’univers de Zola

11 octobre 2013 | PAR Camille Hispard

Une pièce qui raconte l’ascension flamboyante ainsi que la terrible décadence de Nana, à travers une mise en scène sombre et incroyablement sensuelle.

SONY DSCDans cette adaptation du roman de Zola, le personnage de Nana est incarné sans compromission ni empathie. Elle apparaît dépravée sur ce canapé rouge miteux qui semblerait tout droit sorti d’un bordel à la David Lynch. Elle trône, jambes légèrement écartées, dans un total abandon du corps, en véritable « marquise des trottoirs » qu’elle est.

Le choix de la mise en scène de Céline Cohen et Régis Goudot vise à extraire de ce personnage ce qu’il y a de plus brut. Cette fille des rues qui erre dans un Paris glauque comprend que par son corps, elle sortira de toute cette crasse qui l’entoure, se livrant au sacrifice de ses sens au profit de son statut. On voyage dans le spectacle entre chansons de ginguette dézinguée et instants de grâce tragiques, où le visage de Nana se brise soudainement sous les angoisses et les vices.

S’il se dégage de ce doux vertige que nous offre à voir cette pièce une certaine beauté, on déplore parfois des scènes sur le fil de la vulgarité qui ne servent pas le propos et qui surlignent des aspects profondément scabreux déjà parfaitement suggérés par le jeu des comédiens.

SONY DSCOn traverse l’univers de Zola, dans ces chairs déglinguées qui se déchirent pour survivre. Céline Cohen et Régis Goudot habitent tout deux les ambiguïtés des personnages si humains de l’auteur de L’assommoir. Régis Goudot se travestit sous toutes les formes des hommes qui entourent Nana, de ceux qui l’exploitent à ceux qu’elle humilie, tant ils sont esclaves de son corps.

Céline Cohen est une Nana érotique et provocante qui distille avec talent un jeu permanent d’ombre et de lumière. Elle passe d’une femme grivoise qui prend les hommes pour des pantins, avide de leur argent, à une femme fragile et brisée par la vie. En un instant, un voile fatal s’abat sur son visage, embuant ses yeux ternis par le maquillage trop usé.

La complexité de ce personnage et la profondeur des thèmes qu’il soulève font de cette pièce un objet fascinant. La mise en scène est parfois imprécise mais a le mérite de chercher à dépeindre la Nana de Zola au travers de ce qu’elle a de plus cru et de plus vrai.

Visuel (c) : Brice Devos.

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