Théâtre
Marta Górnicka et Emilie Rousset, deux versions du groupe à la Villette

Marta Górnicka et Emilie Rousset, deux versions du groupe à la Villette

19 mars 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Depuis le 17 mars et jusqu’au 28 mars, la Grand Halle de la Villette voit les choses au pluriel. Sur scène, ils sont pleins, c’est l’angle d’attaque de ce festival qui se nomme « L’esprit de groupe ».

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Ici, il n’est pas forcement question de collectif au sens théâtre contemporain du terme. Ce qui fait sens c’est le mot « groupe ». Et, avant d’entrer en salle pour le magnifique Magnificat de la metteuse en scène polonaise Marta Górnicka, Les spécialistes d’Emilie Rousset nous accueillent dans le hall. Cinq comédiens ont dans leurs oreilles le témoignage d’un spécialiste de groupe. Le public est constitué de quatre ou cinq personnes munies chacune d’un casque audio. Dans un procédé qui fleure bon l’intimité de l’expérience radiophonique, on entend la parole d’un chef d’entreprise qui dirige un « groupe » de milliers de salariés. Qu’est-ce que faire groupe ? Qu’est ce qui relie les hommes et les femmes entre eux ? Qui décide que vous, là, vous êtes un ensemble de personnes rassemblées sous le vocable « groupe » ?
Ce préambule au spectacle permet d’apporter immédiatement de la complexité à un mot qui au premier abord est simple. Reprenons le dico : « Ensemble de choses faisant un tout». Dans son spectacle Marta Górnicka, qui avait exploré l’anti-capitalisme dans Requiem Machine,  nous propose une nouvelle expérience de Sound painting, cette fois-ci sur l’actualité du féminin en Pologne. Etre une femme dans un pays conservateur, « un pays tellement catholique que les athées se comportent comme des catholiques ». Elles sont 26, toutes générations confondues. Ce groupe-là est un chœur, c’est la voix chantée ou parlée qui scande, répète, hurle les aberrations des injonctions à être considérés comme une minorité. Ici, l’église et la famille en prennent pour leur grade et la première sensation est de mettre de la distance entre elles et nous. Pourtant, en France, en 2015, rien ne va vraiment. Les nanas sont payées moins que les mecs pour un même travail et à l’heure de récupérer les enfants à la crèche ce sont les mamans qui courent.
Le plateau est pentu comme une longue descente aux enfers. La salle reste allumée pour que la meneuse de jeu puisse diriger son orchestre. Les voix ne sont pas une, elles avancent par sous-groupe et la force visuelle de la proposition scénique opère et libère. Dans un geste qui s’empare des codes de la tragédie, Górnicka dit l’actuel. Femme ou Vierge semble être le seul choix proposé à ces femmes polonaises, et en réalité, sous couvert de liberté, ce choix-là reste le seul valable en Europe. Magnificat s’empare des codes chrétiens mais le récit offert aurait pu être le même, ici et maintenant à Paris
Elles disent non par un cri qui n’est jamais assourdissant mais qui touche, en plein cœur. Il se passe alors ce que l’on ne voit jamais dans les salles de spectacle. Le public, c’est à dire le groupe par excellence, ce groupe constitué de gens qui ne se connaissent pas, réagit toujours comme un seul homme. Et là, en sortie de salle, l’individualité renaît et la parole circule. Les questions fusent sur ce combat pour que les femmes arrêtent d’être considérées comme des sous-hommes. Combat qui semble perdu pour l’éternité malgré les gains de nos aînées.

Visuel : (c) Krzysiek Krzysztofiak

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