Théâtre

Magnétique « Pour un oui pour un non » de Nathalie Sarraute à la Manufacture des Abbesses

Magnétique « Pour un oui pour un non » de Nathalie Sarraute à la Manufacture des Abbesses

10 septembre 2019 | PAR La Rédaction

Au sein du cycle Sarraute à la Manufacture des Abbesses, Tristan le Doze explore le théâtre de l’auteur franco-russe emblématique du Nouveau Roman et s’attaque à la pièce maîtresse de son théâtre : Pour un oui pour un non.

Par Antoine Laethier

Nathalie Sarraute, Juive d’origine russe, née Tcherniak en 1900, est héritière de Dostoïevski, Proust, Joyce et Virginia Woolf. Elle a créé une œuvre marquante traduite en plus de vingt langues. Toute son œuvre ambitionne de révéler avec les armes du style, les non- dits de l’existence. Son premier ouvrage Tropismes paraît en 1939.  Elle devient la figure de proue du nouveau roman. A l’invitation d’une radio allemande, elle écrit son premier texte dramatique puis se prend au jeu pour créer une œuvre théâtrale d’une singulière originalité. « Elle Est Là » est sa première pièce écrite directement pour le théâtre en 1978 (La pièce sera présentée à La Manufacture des Abbesses mise en scène par Tristan Le Doze et interprétée par les mêmes comédiens dès le 2 Octobre). 

Écrite en 1981, d’abord pour un théâtre radiophonique, Pour un oui pour un non n’est créée  sur scène qu’en 1986 et Sarraute se voit récompensée l’année suivante du Molière de l’auteur francophone vivant. La pièce connaîtra plus de 600 représentations. Pourtant le pitch  laissait à désirer. Deux amis de longue date se retrouvent; tandis que l’un a pris ses distances, l’autre  lui demande des explications. Après avoir nié les faits, il avoue son ressentiment : la dernière fois qu’ils se sont vus, son ami lui a dit, à propos de quelque chose qu’il a oublié : « C’est bien, ça ». Serait-ce un prétexte suffisant pour rompre s’il n’y avait pas ce ton de la condescendance?  … Voilà le départ d’une discussion qui parait ridicule et vaine à ceux qui ne se risquent à comprendre de quoi il est question; à l’instar de  ces voisins, des gens « normaux », qu’on invite à assister à la scène et qui s’enfuient bien vite.

Au diapason du texte de Sarraute, la mise en scène épurée et solide soutient les mouvements d’un engrenage infernal. Tout le drame se joue dans la parole.  La structure monumentale de cette pièce-piège est mise à nue : toute en retournement et en symétrie dans un mouvement de spirale sans fin. Les deux personnages principaux se laissent tour à tour entraîner plus loin qu’ils ne le voudraient. Faillant au noble challenge qu’ils se sont fixés, celui de s’expliquer, les deux amis finissent par révéler, malgré eux, leurs dessous les plus vils. De leur amitié ne restera que les lambeaux de l’envie et de la frustration. L’expérience du  spectateur sera d’assister au malaise et de voir se dévoiler devant lui avec une précision chirurgicale les dessous les plus inavouables et les plus inaccessibles des paroles dites. Le talent des deux acteurs de cette splendide joute littéraire Bernard Bollet et  Gabriel Le Doze accompagne le génie du texte. Au creux de cette situation à l’apparente banalité le miracle cathartique s’opère.

 

 

 

Pour un oui pour un non

Auteur Nathalie Sarraute
Metteur en scène Tristan Le Doze
Distribution Bernard Bollet, Gabriel Le Doze, Anne Plumet, Remy Jouvain

Durée 1H00

Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron 75018 Paris

Du 5 septembre au 23 novembre. Les jeudis, vendredis et samedis à 19h. Les mercredis à 19h,

Crédit Photos © La manufacture des abbesses

Les Puritains de Bellini à l’Opéra Bastille : pathos « féminin », empathie « masculine »
Dans la tête de Francis Bacon au Centre Pompidou
La Rédaction

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *