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Dans la tête de Francis Bacon au Centre Pompidou

Dans la tête de Francis Bacon au Centre Pompidou

10 septembre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

En offrant un focus très resserré sur la période 1971-1992, sous l’angle subtil des textes fondateurs du peintre torturé, Didier Ottinger permet de relire Bacon dans cette superbe exposition qui est sans aucun doute l’évènement de la rentrée. 

1971 et 1992 : deux dates qui sont celles d’une naissance symbolique et d’une vraie mort. En 1971, Bacon expose au Grand Palais et l’on découvre alors ses visages démontés par la douleur et l’angoisse auxquels s’ajoute l’étonnante  stupéfaction de la beauté. Le 26 avril 1992, le peintre anglais meurt à Madrid.  

Sans chronologie ni texte, on entre dans un espace comme un boudoir du futur.  Les angles sont à la fête ici. Ils sont une résonance aux passions pour les formes géométriques que l’on retrouve particulièrement dans ses études de corps. Cette scénographie rappelle l’idée de l’alcôve. Pour chaque « thème », on entre dans une salle où trônent un triptyque et deux peintures qui se regardent.  De l’autre côté, une pièce fermée comme une boîte à son avec un livre accroché sur une cimaise. Et toujours, avant d’entrer dans l’écoute, on regarde une peinture nichée entre les deux ouvertures d’entrée.

Il s’agit d’une exposition resserrée, elle se trouve en Galerie 2, et l’espace oblige à aller à l’essentiel. La peinture de Bacon, de plus en plus légère au fil des années parle au conscient et à l’inconscient.

« Bacon était un lecteur avide et passionné » nous dit Didier Ottinger, ajoutant : »J’ai identifié six livres qui permettent de comprendre l’imaginaire de Bacon ». Comprendre l’imaginaire de Bacon, voilà un projet aussi fou que chacun des six triptyques qui, telle est la fonction de la forme, raconte des histoires. Ici le suicide de son amant Georges Dyer, dans un rose complètement girly, en opposition totale avec son sujet, et qui pourtant est absolument sombre. Là, un autre aux accents punks, où le visage du photographe Peter Beard comme arraché qui entoure la figure de l’aigle dévorant l’homme dans Prométhée. Ce triptyque  est peint en référence Au cœur des ténèbres de Conrad.

« Il n’est pas question de plaquer un texte sur des tableaux, c’est pour créer une atmosphère » ajoute le commissaire. Chaque section est celle d’un livre, dont les extraits sont lus par des comédiens et diffusés dans les pièces dédiées. On entend par exemple l’iconique voix de Dominique Reymond (qui était d’ailleurs une poignante Jocaste dans Les phéniciennes de Daniel Jeanneteau lors du dernier Avignon) dans Les Euménides d’Eschyle.

On plonge donc dans cet univers très théâtral où les mots se perçoivent mais ne s’entendent que si l’on s’approche. La peinture, elle, nous convoque, monumentale, dans ses aplats de couleurs denses et jamais attendues ( un bleu canard, un rouge bordeaux…) qui sont les toiles de fond d’un personnage ou d’un conte.  

Sans jamais chercher à raconter, le parcours  presque thématique vient entrechoquer les périodes. Et l’on comprend vite la volonté de Bacon d’expérimenter une peinture de l’informe.  Le climax étant, dans ce domaine,  Eau s’écoulant d’un robinet, « tableau qui réalise selon lui son projet artistique ». Plus le temps avance, plus, nous apprend Didier Ottinger, « il se dégage des amas de matière. A la fin il ne touche plus les tableaux : il souffle du pigment par exemple ».

Traverser Bacon en toutes lettres est une expérience très troublante. Tout est ici décalé. Comme les grandes peintures sous verre, comme on le ferait pour une photographie. Il y a du reflet ici et les autoportraits qui viennent nous secouer en nous rappelant qu’un cerveau a convoqué ces toiles ajoutent à la sensation de porte ouverte sur cette âme à vif.

A noter, une idée formidable : Le Bacon Book Club. Cela se tiendra certains jeudi à 19 heures dans l’exposition :  « Pour explorer et prolonger la relation étroite qui a pu se tisser entre l’œuvre picturale de Francis Bacon et les écrivains, une série de soirées littéraires auront lieu dans l’exposition-même, autour des peintures de Bacon » :
jeudi 12 septembre 2019
Christian Prigent – Violaine Lochu
jeudi 10 octobre 2019
Chloé Delaume – Perrine Le Querrec –
Fiorenza Menini
jeudi 24 octobre 2019
Catherine Harton – Jonathan Littell
Jeudi 7 novembre 2019
Philippe Sollers
Jeudi 6 décembre 2019
Dominique Fernandez –
Agnès Vannouvong
jeudi 9 janvier 2020
Will Self – Edmund White

 

Du 11 septembre au 20 janvier, au Centre Pompidou. Nocturne le jeudi.

Visuels :

Francis Bacon
In Memory of George Dyer, 1971
Huile et letraset sur toile, triptyque, 198 x 147.50 cm
Fondation Beyeler – Beyeler Museum, Bâle
© The Estate of Francis Bacon /All rights reserved / Adagp, Paris and DACS , London 2019
© The Estate of Francis Bacon. All rights reserved. DACS /Artimage 2019. Photo: Hugo Maertens

Visuel à la Une :

Francis Bacon
Triptych, 1976
Huile sur toile, pastel et lettres en transfert , 198 x 147.5 cm
Collection privée
© The Estate of Francis Bacon /All rights reserved / Adagp, Paris and DACS , London 2019
© The Estate of Francis Bacon. All rights reserved. DACS /Artimage 2019. Photo: Prudence Cuming Associates Ltd

 

 

Infos pratiques

Les Cygnes
Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

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