Théâtre

L’espace Cardin en état de siège

L’espace Cardin en état de siège

15 mars 2017 | PAR Christophe Candoni

Sous une forme spectaculaire qui s’apparente à une occupation totale de la salle, Emmanuel Demarcy-Mota met en scène L’Etat de siège d’Albert Camus, une pièce rarement montée et particulièrement alarmante dans le contexte politique actuel. 

La scénographie formidablement utilisée d’Yves Collet s’impose comme la grande idée du spectacle. Tandis que le public est assis sur la scène, une pente douce, qui recouvre l’orchestre telle une chape implacable, sert d’espace de jeu. Des silhouettes noires arpentent les étroites travées des balcons, grimpent sur les différents niveaux d’un théâtre totalement mis en branle et investi jusqu’à tutoyer le ciel sombre et bas de sa coupole. De la musique, des sirènes, des lumières, des cris, des injonctions… la menace éclate. Elle rôde partout.

Ecrit et créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale dans la foulée de la parution du roman La Peste qui lui est familier, L’Etat de siège relate l’invasion nauséabonde d’un pouvoir totalitaire qui soumet à la peur une ville et sa population autrefois repues d’immobilisme. Incarné par Serge Maggiani et Valérie Dashwood en couple maléfique surgissant des entrailles du plateau, le mal contamine et corrompt la cité. Même le plus nihiliste des réfractaires rentre dans le rang. En signe de deuil d’un monde en train de sombrer, la pièce mortifère frappe par la tonalité obscure de son habillage.

Dans cette fable cauchemardesque, le désordre laisse aussi place à une fantaisie débridée. Camus chante la force de l’homme, sa folie et son irréductible capacité à se révolter. Avec un lyrisme exalté, Hannah Levin Seidermann et Matthieu Dessertine, amants maudits emplis de jeunesse et de beauté fougueuses, proclament leur amour plus fort que le mal qui persiste à gagner du terrain.

Tout est clairement trop indiqué dans le texte comme dans la mise en scène qui manquent l’un et l’autre de nuances. Toutefois, la pièce, même avec ses faiblesses, comporte un intérêt qui doit être considéré : sa terrible actualité. Le directeur du Théâtre de la ville, Emmanuel Demarcy-Mota, s’est toujours intéressé à des œuvres chorales qui pointent les fléaux qui menacent la société et le vivre-ensemble. On se souvient du succès de Rhinocéros de Ionesco. Avec sa fidèle équipe de comédiens, Hugues Quester, Philippe Demarle, Alain Libolt, au jeu parfois trop emporté, il nous confronte à un discours politique extrémiste qui se fait entendre aujourd’hui comme une alerte bienvenue.

Photo © Jean-Louis Fernandez

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