Théâtre
Les Mille et Une Nuits une création ringarde de Guillaume Vincent à L’Odéon, théâtre de l’Europe.

Les Mille et Une Nuits une création ringarde de Guillaume Vincent à L’Odéon, théâtre de l’Europe.

14 novembre 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Guillaume Vincent a imaginé une gentille turquerie à la gauloiserie assumée.  La troupe, merveilleuse peine à sauver un discours cliché.

Guillaume Vincent résume ainsi le texte des Milles et une nuits : un roi est trahi par son épouse, il la décapite ; dorénavant il épousera chaque jour une nouvelle qu’il déflorera et exécutera le matin même. Schéhérazade sauve sa tête en commençant une histoire qu’elle interrompt à l’approche du jour. Le roi lui laisse la vie sauve, il veut connaître la suite, ainsi les récits s’enchaînent sans interruption durant mille et une nuits. La pièce va ainsi empiler des petites tranches de vie et de fictions sous forme de sketchs comiques au sein d’un libre voyage scénique entre Orient et Occident. Les décors sont volontairement kitsch, l’esprit singulièrement réchauffé. Les deux parties de ce qui ressemble plus à une production de l’Opéra comique ou d’un spectacle de music hall se justifie mal dans la grande salle du théâtre de l’Europe Odeon. 

Les Milles et Une Nuit fut traduit par Joseph-Charles Mardrus à partir de la traduction de Antoine Galland; le parchemin non retrouvé possède une origine opaque. D’extraction occidentale la pièce s’apparente parfois à un fantasme d’occidental sur l’orient, de colonisateur sur le colonisé. Dans la pièce de Guillaume Vincent la musique au Oud est magnifique cependant qu’elle nous accompagne dans une suite continue d’images d’Épinal. Alors qu’aujourd’hui,  du Soudan à l’Irak en passant par le Liban ou l’Algérie des mouvements populaires se lèvent contre la corruption et la charia politique Guillaume Vincent présente un monde arabe dont l’effondrement se joue par la défaite de La guerre des 6 jours. L’échec de l’anéantissement d’Israël en 67 déciderait du virage historique. Autre chose : Le texte est parfois graveleux et toujours enfantin. Le zizi et sa castration traverse tout le spectacle. La finesse de l’érotisme riche d’une langue arabe merveilleuse de poésie et de métaphores est remplacée par les gauloiseries franco française aux signifiants hilarants à la Pierre Perret. On est très loin de la délicatesse orientale.

Le talent des comédiens ne parvient à donner de l’épaisseur à un propos qui mélange et nivelle tout et qui voudrait évoquer la guerre des sexes et la contributive rencontre des civilisations. La confrontation ou la fusion de l’orient et de l’occident n’aura pas lieu, même sous la forme d’une danse commune; reste une turquerie rabelaisienne sinistrement ethnocentrée qui sied mal au Théâtre National du 6e arrondissement. À l’entracte, beaucoup auront décidé de finir ailleurs leur soirée. 

 

Une création de Guillaume Vincent librement inspiré des Mille et Une Nuits, du mardi au samedi 20h, le dimanche 15h relâche exceptionnelle le dimanche 10 novembre représentations surtitrées en anglais : tous les samedis Odéon-Théâtre de l’Europe Théâtre de l’Odéon Place de l’Odéon 6e

 

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