Théâtre

Les douloureux exils amoureux de Gurshad Shaheman à La Commune

Les douloureux exils amoureux de Gurshad Shaheman à La Commune

13 février 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète est l’un des plus gros succès du dernier  festival d’Avignon. Il fait escale en banlieue parisienne, à La Commune, CDN d’Aubervilliers, jusqu’au 14 février. Logique, quand finalement on se rend compte qu’ici, malgré les cons,  l’amour triomphe.

Gurshad Shaheman signe toujours des pièces personnelles à la portée universelle. Touch me racontait son voyage au front avec son père. Taste me son départ d’Iran et Trade me sa découverte de son homosexualité. Il pourra toujours dire… croise ces trois sujets au travers des retranscriptions des paroles des témoins.

À Athènes et Beyrouth il a rencontré, pendant plusieurs semaines, des exilés. Leur point commun : être issus du monde arabe, être homosexuel ou transsexuel et, pour cela, avoir fui.

Sur scène, les élèves comédiens de l’Ensemble 26 de l’Ecole Régionale d’Acteurs de Cannes et Marseille sont les voix et un peu, parfois, le corps des témoins. Puis les voix disparaissent et laissent entrer d’autres mots, dans un flow qui rappellent les mouvement des exils.

Dans le noir on devine de nombreuses silhouettes, assises. Deux par deux, à la façon d’une tour de Babel, c’est-à-dire où l’on parle en même temps tout en se comprenant, ils racontent au micro. Récits d’enfances, homophobie vorace, viols. Puis l’exil et sa « valise » de plus en plus légère. Là, le désir, les rencontres et l’amour rendent les moments « si bon ».

La pièce se compose de ce motif simple et exigeant : des témoignages successifs. Ils ont la force (parfois glaçante) du réel. Ce sont des histoires vraies qui nous parviennent de façon directe soulignées par la musique fine de Lucien Gaudion.

Les jeunes interprètes, Marco Brissy Ghadout, Flora Chéreau, Sophie Claret, Anouk Darne-Tanguille, Samuel Diot, Léa Douziech, Juliette Evenard, Amer Ghaddar, Thibault Kuttler, Tamara Lipszyc, Nans Merieux, Eve Pereur, Robin Redjadj, Lucas Sanchez et Antonin Totot, sont tous impeccables dans cet exercice difficile, jusqu’au final, absolument délicieux qui donne très envie de tomber amoureux !

Une pièce qui vient dire que l’exil est un état transitoire. On arrive quelque part de façon définitive ou non. Des allers souvent sans retour sont racontés ici et viennent souligner qu’une vie ne se résume pas à un trajet. Il pourra toujours dire est un spectacle  aride et pourtant si beau sur les obscurantismes voraces. 

 

 

Photo :  © Christophe Raynaud de Lage

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