Théâtre
Les chemins de désir, le son vaut mieux que l’image à la POP

Les chemins de désir, le son vaut mieux que l’image à la POP

12 mars 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La journaliste Claire Richard adapte le podcast Les chemins de désir pour le porter sur le plateau sur l’eau de la POP. Entre poncifs et grands moments délicieux, la pièce demeure sympathique.

Le son est à vue. Pendant l’entrée du public, ils sont tous les quatre assis autour d’une table qui ressemble en tout point à un studio de radio. Il y a des micros et assez de machines pour pouvoir faire de la musique. Ils sont assis et  ils se parlent en attendant que ça commence.

Nous nous demandons alors si nous allons assister à la création du podcast en direct ou à une pièce de théâtre à la façon d’une émission, comme le fait avec pas mal de talent Aurélie Charon dans son Radio live.

Au commencement, la pièce peine à trouver son bon tempo. Le jeu est appuyé et les inserts de reconstitution de scènes racontées,  omniprésentes au début font patiner le récit. Cela sonne faux. On ne rentre pas une seconde dans l’enfance de la narratrice qui découvre dans le grenier de sa mamie ses premiers émois sous la forme de BD cochonnes.

Alors très vite on ferme les yeux. Et là, c’est formidable. La voix de Claire est un bonbon, les bruitages en direct de Arnaud Forest, Damien Zanoly et Sabine Zovighian sont vraiment enveloppants.

La pièce raconte donc les chemins de désir de Claire, les images non officielles qui la font jouir. Le texte peine à trop vouloir jouer les comparaisons, par exemple quand elle parle de séries sur un ancien site de téléchargement :  « Je dévale les saisons entières comme des pistes de ski ». Cela ralentit, alourdit. Et pourtant, rapidement, la bulle sonore excuse tout et l’humour de plus en plus assumé vient nous conquérir. (La scène d’illustration hentai est à mourir de rire, vraiment !)

Le but n’est pas de faire cours sur la littérature érotique ni sur les meilleurs sites pornos, elle le dit bien : « on archive pas ses souvenirs de pornos ». Il s’agit « juste » d’un témoignage, d’un parcours d’orgasmes. Chacun le sien. rien de bien, rien de mal. Ces chemins sinueux parfois croisent ceux des autres, et dans la petite jauge de la Pop le dialogue intérieur se fait entre ses souvenirs et les nôtres, entre ce qui est resté et ce que l’on a oublié.

Ce chemin au départ chaotique trouve sa direction, celle du dessin et du son. On regrette quand le discours prend la forme d’une discussion sur la dichotomie entre la vie réelle et la vie érotique. Non, les fantasmes ne sont pas éthiques, et cela n’est pas une découverte. Les chemins de désir semble encore en friche, peine à tenir un rythme cohérent. Il reste néanmoins un très bon moment, où l’on rit, s’étonne, où l’on se reconnaît parfois. A chacun son monde, peuplé de « bourgeoises salopes » et de « brunes volcaniques ». Et l’on préfère garder comme scène de fin, la révélation dans la pénombre du porno audio qui tient de la perfection et qui aurait dû clore le spectacle.

Visuel :© Maïc Batman

 

Infos pratiques

Musée de l’illustration jeunesse
Le Nez Rouge Face au 13, Quai de l’Oise, 75019 Paris
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *