Théâtre
« Le fils », ou la descente aux enfers d’une mère

« Le fils », ou la descente aux enfers d’une mère

25 mars 2019 | PAR melanietlmt

Emmanuelle Hiron interprète sobrement l’émouvant texte de Marine Bachelot Nguyen, jusquau 14 avril au Théâtre du Rond-Point.

Lumière. Une femme et un clavecin sur une scène vide. De puissants spots éclairent son visage, laissé au naturel, et sa silhouette simplement vêtue dun jean et dun chemisier pâle. Sa voix résonne dans la salle, puissante et évocatrice. De sa bouche, pêle-mêle, sortent les mots de son personnage et ceux de la narratrice. Car il sagit là dun monologue au service dune histoire si tragique et pourtant si banale. Une jeune étudiante rencontre un étudiant de son âge sur les bancs de la fac, tous deux se marient et ouvrent une pharmacie dans un petit village de province. Deux enfants ne tardent pas à naître, avec deux ans d’écart, lun tête brûlée et lautre calme et docile. Déjà, au moment de laccouchement, laîné, Anthony, se révèle sans douleur, tandis que le cadet, Cyril, nécessite une douloureuse césarienne que la mère vit comme un acte contre-nature. Le premier dune longue série

La trame de cette pièce de théâtre mise en scène daprès une idée originale de David Gauchard est la suivante : comment une personne, aimante et attentionnée, peut-elle se radicaliser jusqu’à pousser son fils à commettre lirréparable ?

Écrite en réaction aux manifestations contre le Mariage pour tous au début des années 2010, ce texte de Marine Bachelot Nguyen permet de ressentir à la fois notre proximité et notre décalage avec le personnage de la mère. Ce nest pas une femme que vous détesterez, comme ce pourrait être le cas avec une vision manichéenne. Elle nest pas haïssable, juste entourée daficionados de la religion monothéiste à tendance radicale, à qui elle veut tant plaire que les copier lui semble la meilleure solution. Si l’épouse du chirurgien vote extrême droite, avec sa luxueuse maison et son parc immense, cest quil doit y avoir une bonne raison, non ? Et puis, ce nest pas si terrible, après tout. Dautant plus que cette dernière lui ouvre les portes de ses réunions médicales, et que dans sa bourgade où il y a si peu de loisirs, ce nest pas une opportunité de sortir sur laquelle elle peut cracher. Même si ces dernières consistent essentiellement à refuser le mariage gay et le droit des couples mono-parentaux à ladoption, ou encore le choix de lavortement aux femmes. Une cause pour laquelle on peut facilement lutter, lorsque lon oeuvre au comptoir dune pharmacie et que lon peut prétendre être en pénurie de pilules du lendemain.

Ce magnifique texte, oscillant entre désespoir, amour maternel, quête de sens, interjections et sobriété, saccommode parfaitement au décor épuré au sein duquel il est déclamé. Seul bémol, les violents flashs des spots lumineux qui viennent ouvrir chaque nouveau « chapitre » de lhistoire et imitent une ampoule grillant alors quelle est au paroxysme de son intensité. Leffet est certes intéressant, mais il procure au coeur du spectateur sensible un désagréable soubresaut.

Le fils, au Théâtre du Rond-Point jusquau 14 avril

Visuel : ©Giovanni Cittadini Cesi

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