Théâtre

« Le faiseur de théâtre », Thomas Bernhard entre amertume et boulevard à l’Athénée

« Le faiseur de théâtre », Thomas Bernhard entre amertume et boulevard à l’Athénée

03 avril 2014 | PAR Yaël Hirsch

Rarement mise en scène, la pièce de Thomas Bernhard Le faiseur de théâtre (1984) est pourtant assez représentative de sa pensée du théâtre comme une nécessité et une impossibilité. Julia Vidit met en scène et en couleurs ce texte très politique de Thomas Barnhard qu’elle tire vers un boulevard parfois parasite. Une création du Centre dramatique national de Thionville à voir Jusqu’au 12 avril au théâtre de l’Athénée.

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L’acteur d’état Bruscon et sa famille arrivent dans une petite ville rance et humide de la province autrichienne pour y jouer la pièce ultime du grand comédien, La roue de l’histoire, où Metternich, Napoléon, Churchill et Hitler refont encore le monde. Ils sont accueillis par les deux aubergistes et leur fille en pleine corvée de boudin. S’installant avec autorité sur la scène qu’il a louée pour le soir, Bruscon se désole de la laideur de l’endroit où un portrait d’Hitler pend encore au mur et donne à entendre sa vision désenchantée du théâtre, des femmes et des autrichiens, trop bêtes pour comprendre son art.

La scène s’ouvre sur l’air de la valse « Wiener Blut » et dans des décors magistraux mis en place par Thibaut Fack : on se retrouve vraiment dans une « Stube » de la province autrichienne des années 1970, fuites au plafond, sol en lino, chaises en plastique vert et lino défraîchi fournis. Entre alors le truculent couple d’aubergistes, gras comme leurs porcs, elle (Véronique Mangenot) ne s’exprimant que par cris de goret et lui (Etienne Guillot) faisant le clown silencieux. La metteure en scène, Julia Vidit, place Bruscon (joué par l’imposant François Clavier) au fond de la scène, sur l’autre scène mise en abyme. Et elle lui demande de vociférer son texte amer presque d’une traite (deux interruptions) pendant 2h15 de plainte forte et monocorde que le public doit lutter pour suivre, parce qu’en premier plan, les aubergistes baladent des tripes de porcs, bougent les meubles et font systématiquement claquer les portes.

Si l’on rajoute à ces pitreries bruyantes la jupe trop courte sur culotte rose de la fille de Bruscon (Nolwenn Le Du), on obtient un drôle de mélange absolument éreintant : le fiel terrible mais si profond de Bernhard tranchant avec du boulevard un peu grossier. Certes, les deux mondes sont présents dans le texte du Faiseur de théâtre, mais n’accentuer que leur opposition, c’est vraiment se priver des richesses et des nuances du texte. Le public rit, mais gras et non jaune, et l’on sort de ce balai de haine de soi sur bruit de portes qui battent absolument vide et épuisé.

Le faiseur de théâtre, de Thomas Bernhard, mise en scène : JUuia Vidit, avec François Clavier, Etienne Guillot, Véronique Mangenot Nolwenn Le Du, Aurélien La Bruyère, Amandine Audinot, Claudia Calvier-Primus, durée du spectacle: 2h15.

photo© Anne Gayan

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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