Théâtre
« Le Cercle des Utopistes Disparus » d’Eugène Durif

« Le Cercle des Utopistes Disparus » d’Eugène Durif

10 octobre 2016 | PAR David Rofé-Sarfati

Le Cercle des Utopistes Disparus se jouera au Festival Off d’Avignon 2017 à LA MAISON DE LA POESIE à 14H45.

Détournements de slogans, chansons de toutes sortes, musiques en morceaux, proclamations lyriques et affirmations farcesques et burlesques, rêves d’absolu qui deviennent des cauchemars, poésie d’un monde rêvé qui bascule en un rien de temps en rationalisations effrayantes. Trois personnages, un rien clownesques, se questionnent. Ils s’interrogent sur l’utopie, questionnent leurs propres rapports à cela, tout ce qu’il peut y avoir de naïf, d’enfantin dans cette exigence.

Trois acteurs donc et un dispositif scénique minimaliste fait d’un rideau rouge pendu à un portant au centre de la scène. Les acteurs entrent en traversant ce rideau. Ils entrent sur scène comme on en quitte une autre. Une mise en abyme où les personnages, traversant le quatrième mur viennent nous parler, plus proches de nous. Des acteurs qui cesseraient d’être acteurs pour devenir des rencontres. Ils semblent maladroits, comme le sont parfois les rencontres fortuites. Tout est sur un fil. Les trois funambules sont sur un fil. Ils sont authentiques.

Cela devrait nous inquiéter et c’est exactement l’inverse qui se produit. Le texte d’Eugène Durif jette ces trois êtres  sur la route pour l’utopie, c’est-à-dire pour nulle part. Et nous participons au voyage, saisis par le jeu. Le propos est courageux. Sur la scène, presque à portée de main, apparaît par l’incomplétude comme quelque chose d’infiniment familier et de tout aussi étrange au titre de cette même incomplétude délibérée. Une tranche d’humanité par l’intrication de nos fragilités et de nos espérances.

Eugene Durif, au physique bonhomme n’hésite pas à parcourir ses fiches pour citer une bonne phrase, pour ne pas trahir la pensée d’un autre, en s’effaçant.

A l’époque de Daech, et alors que dans l’histoire des hommes, tant d’utopies qui ne dissimulaient que des fascismes se sont enchaînées, nos trois personnages parviennent à nous captiver. Durif par son jeu et sa mise en scène nous dit des choses qui nous font penser autrement. L’utopie est une contingence qui doit sans cesse être discutée car la certitude est grosse du dogme, le dogme du dogmatisme politique. L’utopie consiste à tout réinventer, même l’amour. L’utopie est donc un intime qui se compromettra avec le collectif. L’utopie est un doute pour l’homme. Rien ne résiste par et à la pensée de l’homme.

C’est cette expérience que nous vivons comme spectateur. Si l’expérience humaine, de l’intime et du collectif est l’essence même du théâtre, et bien le théâtre de Durif est du grand théâtre, rappel s’il en faut, qu’il est essentiel d’aller voir « Le Cercle des Utopistes Anonymes », programmé que pour trois dates.

D’Eugène Durif / Mise en scène Jean-Louis Hourdin / Musique : Pierre-Jules Billon
Avec Stéphanie Marc, Eugène Durif et Pierre-Jules Billon

La Générale, 14 avenue Parmentier, 75011 Paris

Les 18 et 19 octobre à 20H
Le 20 octobre à 20H30 (ouverture à 19H30 pour une surprise)

PARTICIPATION LIBRE

Infos pratiques

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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