Théâtre

La leçon de drague de Marielle Pinsard au Tarmac

La leçon de drague de Marielle Pinsard au Tarmac

24 novembre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Voici deux ans maintenant que nous traquons la folie  de l’auteure et metteuse en scène Suisse Marielle Pinsard. Après s’être demandée : En quoi faisons-nous compagnie avec le Menhir dans les Landes ? puis avoir pratiqué le yoga au monop’ dans La loi du plus fort suivi de Les pauvres sont tous les mêmes. On la retrouve dans On va tout dallasser Pamela, histoires de drague à l’Africaine.965868-pamela

Pendant l’entrée du public, DJ Fessé le singe (Grégory Duret) mixe une techno tranquille. Il a pris de la hauteur, ses platines sont posées sur une tête de singe robotisée qui semble sortir de la saison 1 de Star Treck.  Les danseurs et comédiens, arrivent et repartent, dansent, déambulent… L’effet est déjà là et on pense immédiatement à La Jet Set de Gintersdorfer/Klassen qui montrait comment, en résistance, a été inventé le coupé-décalé. En argot ivoirien, «couper» signifie tricher et «décaler», s’enfuir. L’idée était :comment le luxe débordant, ultra bling bling est une réponse à la crise.

Marielle Pinsard a demandé à Jean-Marie Boli Bi, Adji Gbessi, Carole Lokossou, Michael Todego, Achille Gwem et Julie Dossavi de raconter leurs techniques (musclées) de drague. La seule question est toujours : Peux-tu gérer ça ? Les looks sont déments, oscillant entre des références royalistes du XVIe siècle et des éléments disco. Ils sont « sapés ». Ça brûle les yeux !

La drague est une question de survie ici. On apprend la technique du brouteur qui piège des dupes sur internet pour récupérer de l’argent. On rencontre aussi un « boucantier » qui flambe en arrosant le corps des filles de billets de banque. Tout est too much car au fond rien ne va. Les femmes qui draguent restent considérées comme des putes et ces mecs-là vont droit en but en zappant les préliminaires. Marielle Pinsard s’offre un double helvète en la figure de Nina Willimann. La danseuse suisse va jouer les anthropologues de la séduction. Sa présence et celle du DJ fou ( danseur, performeur, clown….), dénonce bien sûr le regard colonial.
On s’amuse franchement ici face à une pièce qui avance à un rythme fou. Marielle Pinsard a corrigé ses écueils. qui la rendait parfois un peu trop verbeuse dans En quoi faisons nous compagnie avec le menhir dans les landes. Là, le tempo, hyper speed est juste. Elle puise dans les battles hip hop et dans le wacking (cette danse dérivée du voguing qui se la pète). Les comédiens/danseurs en font des tonnes, surjouent. En un mot, ils crânent.

Il ne faudrait pas voir ici un rapport de domination hommes/ femmes. Elles gèrent sans aucun doute, en sosie de Tina Turner au besoin et en traitant le monsieur de « Virus Ebola séché » si il faut ! Le bling bling comme réponse à la crise est peut être l’idée du siècle. Le récit qui nous fait tant rire est une bombe bien sombre en réalité et la metteuse en scène a eu le talent de faire transformer le bas de gamme de la séduction en une énorme fiesta. Alors, Tinder en noussi ça donnerait quoi ?

 Visuel : ©S. Rubio

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