Théâtre

La « Gis_Elle » amère d’Aurélien Richard rit encore au Studio Marigny

La « Gis_Elle » amère d’Aurélien Richard rit encore au Studio Marigny

06 février 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Faire d’un ballet classique un sujet de théâtre et de piano presque à queue, voici ce que réalise le pianiste et chorégraphe Aurélien Richard jusqu’au 17 février dans la nouvelle salle du Théâtre Marigny.

Un pianiste attend la répétitrice. Comme elle ne vient pas, il raconte. Si Le Sacre du printemps est le ballet contemporain le plus adapté, Giselle est le symbole, peut être encore plus que Le Lac des cygnes, de la danse du XIXe siècle. Chorégraphié en 1841 par le maître Jules Perrot à l’Académie royale de musique, la pièce a fait le buzz en 1910 quand Serge Diaghilev s’en empare et offre les rôles de Giselle et Albrecht aux stars Vaslav Nijinski et Tamara Karsavina. Giselle, c’est la quintessence du romantisme. Elle a depuis 1841 été jouée partout, tout le temps, et adaptée par des chorégraphes de toutes obédiences.

Avec un ton espiègle assumé, le pianiste devient comédien et nous amuse beaucoup, mais alors beaucoup, en nous racontant l’histoire de l’innocente jeune fille tombant raide (dans tous les sens du terme) amoureuse de l’inconnu. Mais si Aurélien Richard a posé une respiration entre les deux syllabes du prénom de l’héroïne – Gis_Elle -, c’est bien qu’il ne voulait pas faire conférence. Marie Caries arrive, elle qui campe une danseuse qui ne danse plus. Bouffée par la nostalgie des grandes heures de Garnier, elle devient la professeure aride qui massacre ses interprètes Elsa Godard et Olivier Normand.

Interactions entre musique et danse

La souffrance des corps est dite. Pas d’entorse, pas de talent dans les grandes lignes. On pense alors au spectacle Training de Marion Lévy qui dans une performance au festival Faits d’hiver racontait en rythme le petit monde des pestes du ballet contemporain. Dans le classique, tout a l’air pire. 

Aurélien Richard est performeur aussi, et se passionne pour les interactions entre musique et danse. Dans Pulse, il se servait de son corps maigre pour incarner les notes de Steve Reich. Ce n’est pas étonnant de le voir questionner la partition d’Adolphe Adam. Ce n’est pas étonnant non plus de le voir inviter également des gestes plus contemporains. La vidéo devient essentielle lors d’un moment entre parenthèses, totalement beau où le fantôme de Giselle écrase de son poids symbolique le pianiste. 

Comment faire avec la figure de Giselle ? Pourquoi la danser encore ? Pourquoi la douleur devrait-elle être obligatoire ? De ses questions surgit étonnamment une comédie aigre-douce où tout le monde en prend pour son grade, à coup de rimes riches dont on ne vous dira rien ici !

Visuel : Myriam Tirler 

Au Studio Marigny, Carré Marigny, du 5 au 17 février, à 19 heures et en matinée le dimanche à 15 heures.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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