Théâtre
[Festival d’Automne] L’Odyssée contemporaine de Dieudonné Niangouna

[Festival d’Automne] L’Odyssée contemporaine de Dieudonné Niangouna

16 novembre 2016 | PAR La Rédaction

Dans le cadre du Festival d’Automne auquel se joint Migrant’scène de la Cimade, la MC93 et le TGP de Saint-Denis s’associent pour présenter la dernière création de Dieudonné Niangouna, Nkenguegi. Dernière pièce de sa trilogie après Le Socle des vertiges puis Shéda présenté à Avignon en 2013, l’artiste congolais engagé présente avec fureur et folie les tourments de l’odyssée contemporaine qu’est la migration.

À l’instar du street artist Combo avec son œuvre Mare mortuum, Niangouna raconte la migration et sa tragédie à partir du Radeau de la méduse de Géricault, dont une reproduction occupe le fond de la scène. Il la saisit dans ses dimensions tant physiques que psychologiques. Le voyage, dans son incertitude et sa fragilité, est esquissé dès l’ouverture baignée dans une lumière couleur ocre. Les comédiens déambulent, tanguent et chavirent. Ils incarnent les destins que nous verrons dans des vidéos projetées au-dessus du tableau, ballotés dans des barques de fortune par la Méditerranée. Toutefois, la distance est rapidement prise – et assumée – avec la peinture de maître par la disposition du théâtre dans le théâtre. De mauvais comédiens-imitateurs tentent vainement de rejouer le drame du radeau sous la direction autoritaire du metteur en scène, Niangouna lui-même, pour qui il ne s’agit pas de jouer ou d’imiter mais bien d’incarner.

Sur un radeau improvisé qui occupe le centre de la scène, les comédiens parlent et Niangouna rythme, comme du slam, martèle, par ses claquements de doigts et coups de pied sur le sol de plus en plus rapides, les longs monologues dans lesquels la pensée se perd. Accoucheur de la parole, il cherche à la détruire, par ses longues circonvolutions qui lui donnent son caractère abrupt et spontané. Il faut l’expulser pour que seul demeure le corps, simplement là dans son errance à l’image de Mathieu Montanier qui reste les deux-tiers du spectacle seul, silencieux et tourmenté. Il est la réminiscence de toute errance, sur laquelle s’interrogeront tour à tour les personnages. Autour de lui s’installe un salon parisien dans lequel des jeunes, déguisés en animaux, organisent une fête. Niangouna met ainsi en scène la perception des occidentaux plutôt favorisés face à l’immigration. Leur propos distancié et amusé frôle l’indifférence, sans jamais y tomber, face aux vidéos projetées et à l’homme qui se noie au milieu d’eux. Concernés, ils s’attaquent violemment, dans leurs logorrhées, au système.

La forme théâtrale réalisée par Niangouna est une porte ouverte sur un rapport au monde politique, poétique et existentiel. Notre angoisse est réveillée par les nombreux bruitages – bruissement des vagues, bris de verre -, par l’énergie effervescente des comédiens, la saturation incandescente de leur jeu et de leur propos à la fois mythologique, métadiscursif mais toujours contemporain. Le spectateur est plongé dans l’incompréhension, dans la perte et la déconstruction de ses repères.

Josselin Borioli

Photo © Samuel Rubio

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