Théâtre
« En roue libre » au Théâtre des Célestins et en tournée : une création déculottée !

« En roue libre » au Théâtre des Célestins et en tournée : une création déculottée !

07 février 2015 | PAR Elodie Martinez

Sur un texte français de Dominique Hollier et Sophie Magnaud, Claudia Stavisky met en scène En roue libre, une pièce originellement de l’anglaise Penelope Skinner, portant l’humour so british dans cette coproduction entre Les Célestins et Les Ateliers. L’histoire est celle de Becky, professeur d’anglais, mariée et enceinte de John dans une petite ville de campagne. La vie pourrait donc être des plus tranquilles et banales, mais voilà : la grossesse de Becky décuple son désir sexuel, tandis qu’il transforme son corps en temple inviolable aux yeux de son époux. De cette situation et de la fièvre née des chaudes vacances estivales va naître une soif de liberté symbolisée par les promenades en bicyclette de la jeune femme, d’un homme à un autre…

Les mises en scène de Claudia Stavisky laissent rarement indifférent. Dans Roue libre, le rideau s’ouvre sur un décor simple posé sur un plateau tournant : un mur en deux parties, dont une comprenant la porte permettant d’accéder à la cuisine, ainsi qu’un lit et une télévision. Nous entrons directement dans la chambre du jeune couple, et donc dans leur intimité. Le ton est également vite donné, Becky (Julie-Anne Roth) souhaitant ouvertement ne pas dormir et sortant tout un carton de films pornographiques afin de stimuler son époux, John (Eric Berger), qui reste insensible et préfère se coucher. Le plateau tourne ensuite pour nous faire découvrir l’autre côté du mur : la cuisine. Ces deux pièces seront les deux principaux lieux auxquels s’ajoutera plus tard un troisième, celui de la chambre dans laquelle Becky et son amant Oliver (David Ayala) laisseront libre cours à leurs fantasmes.

L’élément perturbateur de cette situation que l’on sent déjà fragile est alors une bicyclette, celle que Becky veut à tout prix acheter pour pouvoir se promener librement et se rafraîchir. Elle ne pouvait pas prévoir que le propriétaire à qui elle l’achète lui permettrait d’assouvir les désirs de son corps que son mari ne cesse de repousser, se renfermant de plus en plus dans une obsession obstétrique qui devient une véritable cage aux yeux de Becky. Elle se livrera avec Oliver à toutes ses envies plus ou moins inavouées, mais finira par perdre le contrôle de cette liaison torride qu’elle voulait simplement physique. Le retour de la femme de son amant, Alice (Nathalie Lannuzel), y mettra un terme auquel elle ne pourra se résoudre, au point de finalement sombrer dans les bras du plombier, Mike (Patrick d’Assumçao). Parallèlement, John semble ne pas remarquer les remarques et les invitations que Jenny (Valérie Crouzet) ne cesse de lui tendre, amenant sur scène un personnage qui, derrière sa pétillance, cache un désespoir et un mal être terrible : celui de l’épouse délaissée par son mari, devant oublier la femme qu’elle est pour n’être qu’une mère complètement dépassée par ses enfants.

Le problème de fuite d’eau de la maison sert de fond à cette perte de contrôle de Becky et la valse instaurée par la mise en scène rend compte du vertige dans lequel sombre le personnage principal. L’inondation aura d’ailleurs lieu lorsque Becky sombrera totalement et perdra tout contrôle de sa vie et de ses désirs.

Cependant, loin d’être une pièce mièvre ou laissant deviner avec retenue le désir de la femme, la pièce parle ouvertement de la sexualité féminine, et la mise en scène frôle parfois avec le vulgaire, sans toutefois y sombrer, ne montrant jamais plus qu’il ne faut et toujours dans un souci d’appuyer une idée précise ou bien de fidélité à la pièce et aux désirs des personnages. Le jeu des acteurs, quant à lui, est convaincant sans jamais sombrer dans la caricature, tant dans la détresse que dans la légèreté.

Une belle découverte et une création réussie qui est prévue au Théâtre de Gleizé les 27 et 28 mars, au Lissiaco de Lissieu les 3 et 4 avril, puis au Théâtre du Vellein à Villefontaine les 31 mars et 1er avril.

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

2 thoughts on “« En roue libre » au Théâtre des Célestins et en tournée : une création déculottée !”

Commentaire(s)

  • Nous aimerions beaucoup voir cette pièce à Quimper ! Avez-vous contacté la scène Nationale ?

    Claire, présidente de Quimper En Roue Libre, association Loi 1901 de promotion du vélo pour les déplacements quotidiens.

    février 22, 2015 at 15 h 58 min

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