Théâtre
« Dementia », un spectacle hongrois à la fois drôle et cruel dans NEXT Festival

« Dementia », un spectacle hongrois à la fois drôle et cruel dans NEXT Festival

30 novembre 2014 | PAR Audrey Chaix

Dans un hôpital psychiatrique de Budapest, un neurologue, son infirmière, quatre patients aux manies et aux tocs étranges ainsi que le fils de l’une d’entre eux vivotent tant bien que mal. Environnement délabré, matériel médical obsolète, manque de place comme de moyens… ils ne restent là que parce qu’il a été promis aux patients que l’hôpital les prendrait en charge tant qu’ils seraient malades – ou vivants. Jusqu’au jour où un promoteur immobilier débarque pour annoncer qu’il vient de racheter le bâtiment, et que tout le monde est prié de décamper sous les quatre jours. Une descente aux enfers aussi grinçante que cruelle, servie par des personnages ambivalents. 

La mise en scène de Kornél Mundruzcó promet dès le départ de ne rien s’interdire : la pièce commence comme une journée portes ouvertes à l’hôpital psychiatrique, au cours de laquelle le médecin en charge transforme la pièce en comédie musicale, sous prétexte de faire réagir ses patients par le biais de la musicothérapie. L’arrivée du promoteur immobilier, qui siffle la fin de la récréation en annonçant que les jours de l’unité psychiatrique sont comptés, vient perturber la routine en faisant voler en éclats les petites manies des patients aussi bien que les idéaux du docteur. Sauver sa peau, ou bien tenir la promesse faite aux patients ?

Alors que s’affrontent les idéaux du docteur et les considérations capitalistes du promoteur, les patients déploient leur folie pour mieux faire plonger le spectateur dans la démence. On se demande parfois si certaines séquences ne sont pas rêvées, alors que d’autres, aussi scabreuses que cruelles, sont clairement réelles pour les personnages. Mundruzcó et le Proton Theatre ne reculent devant rien pour semer le trouble dans l’esprit des spectateurs alors que les personnages s’infligent sévices et violences répugnantes. A tel point que l’on se demande parfois si les fous sont vraiment ceux que l’on croit, alors que les comédiens livrent une performance impressionnante, aussi musclée que généreuse.

Glaçante, l’image de fin dresse un constat impitoyable sur la place de l’anormalité dans une société qui a clairement mis au rebut ceux qui ne lui servaient pas. Le spectateur ressort un peu sonné de cette représentation, mais riche d’un nouveau regard sur la démence, et surtout persuadé d’avoir été témoin d’un moment de folie extrêmement lucide.

Visuel : © Marcell RÉV

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