Théâtre
Demain il fera jour : Michel Fau se plonge dans Montherlant et l’Après guerre au Théâtre de l’Oeuvre

Demain il fera jour : Michel Fau se plonge dans Montherlant et l’Après guerre au Théâtre de l’Oeuvre

25 avril 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

Après « Que faire de Mr Sloane?« , et après avoir joué « Demain il fera jour » au Festival de Figeac l’an dernier,  Michel Fau offre aux parisiens sa vision de cette pièce peu connue et grave de Henry de Montherlant. Un drame familial sur fond d’épuration à voir au Théâtre de l’Oeuvre.

Imaginé comme suite de la pièce « Le Fils de personne », jouée en pleine guerre,le texte de « Demain il fera jour » est un morceau indépendant, qui pose dès 1949 les fâcheuses questions de la collaboration, de l’épuration et de la mesquinerie, lorsqu’elle est créée au Théâtre Hebertot. En juin 1944 à Paris, dans une famille bourgeoise, le fils de 17 ans, Gillou (Loïc Mobihan) veut rejoindre la Résistance. Sa mère (Léa Drucker) craint pour lui et son père (Michel Fau) estime qu’il est inutile de jouer les héros de la toute dernière heure. Sauf que ce dernier, avocat prospère et tranquille, n’a pas eu un comportement tout à fait reluisant pendant l’occupation et craint pour sa vie; il retourne donc sa veste et donne à son fils en manque d’héroïsme, de patriotisme et de revanche, mais surtout d’activité pour se désennuyer, la permission d’aller risquer sa vie.

Incarnant avec courage ce patriarche vil et vicié dans un décor années 1940 impeccablement reconstitué et empesé, Michel Fau ne lui refuse aucune humanité. Il y a quelque chose du « Diable boiteux » de Guitry dans son son personnage de « salaud » sacrifiant fils et dignité mais plaidant pour la survie. Respectant les nuances si particulières de Montherlant, Fau metteur en scène trouve la juste place pour les phrases désabusées sur le couple et les piques misogynes qui font office d’humour. dans ce drame familial, il donne à Léa Drucker, très joliment habillée, le rôle de la mère obsessionnelle et le privilège de l’hystérie des sentiments. Et il demande à tous les personnages de jouer leur texte de manière désuète, souvent saturée, sans se regarder et face aux spectateurs, comme s’ils comparaissaient devant un tribunal. Le public ravi redécouvre alors dans le cadre familial et empesé qu’il honnissait une des plus fines plumes du 20ème siècle. Une manière d’offrir du Montherlant en son jus et sans trop faire de vagues sur un sujet qui pourrait, aujourd’hui encore, entraîner des pugilats.

« Demain il fera jour », de Henry de Montherlant, mise en scène : Michel Fau, avec Léa Drucker, Michel Fau, Loïc Mobihan, Roman Girelli, durée du spectacle : 1h15.

crédits photo : MARCEL HARTMANN

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