Théâtre
« Dale Recuerdos », dans la mémoire vive de Didier Ruiz

« Dale Recuerdos », dans la mémoire vive de Didier Ruiz

27 avril 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Depuis 15 ans, et en cela, en avance sur son temps, le metteur en scène Didier Ruiz donne furtivement la parole aux anonymes afin de faire trace. Dale Recuerdos donne la parole aux « vieux », et c’est à voir jusqu’au 30 avril seulement au Théâtre de la Bastille.

Sur scène 9 chaises toutes simples en bois, vides. Sur le mur défilent des photos jaunies. Une partie de billiard, un magasin qui ferme, un fou rire… la vie, la vie passée mais encore là. C’est le passé simple que conjugue Didier Ruiz, celui de l’affectif, du mémoriel et du sensible sans être sensoriel. C’est cela que fait Didier Ruiz : il crée l’archive. Il a présenté récemment le premier volet d’un travail sur l’archive personnelle aux Archives Nationales, « Valse », il fera parler les jeunes Avignonnais au Tinel de la chartreuse cet été, dans le In.

Revenons à Paris, au théâtre de la Bastille. Les témoins, parisiens, jouent leur propre rôle mais dans un rapport beaucoup plus brut que ce qu’avait, par exemple, pu proposer, avec génie, Jérôme Bel en mettant en abyme la Cour d’honneur. Ici, nous sommes dans du brut, quasiment de l’impro, les langues fourchent, le texte s’envole, mais la générosité est là. Les petites histoires de ces gens qui ont vu passer la Seconde Guerre Mondiale et la Guerre d’Algérie sont traversées par les grandes ruptures de l’histoire de France. On ne peut être que transpercés de douleur par le témoignage d’Andrée née à Lyon en 1943, juive et qui a échappé à la mort par le hasard bienveillant d’un SS qui aura vu en sa grande sœur une aryenne. Il y a ceux qui n’ont pas vu venir, comme ce témoin qui parle les larmes aux yeux de son ami Wolf, « juif lituanien mais sympathique » qui a été raflé le 16 juillet 1942 « par les policiers français ». Lui parle de façon bourrue, sans manier le politiquement correct. Et puis il y a Christiane qui a réussi à obtenir un rendez-vous avec Jean Giono.

Il y a la vie là-dedans, leur naissance, leurs amours, il y a la liste de leurs morts égrainée comme lors de la cérémonie de Yom HaShoah.

Didier Ruiz laisse parler les petits sans jamais les rendre comédiens. Il fait du théâtre documentaire, avec les risques que cela suppose, et l’assume. Les risques, ils sont là, dans un jeu qui est parfois malhabile mais qui n’est justement pas un jeu, alors, pourquoi faudrait-il le juger ?

Il ne faut pas voir Dale Recuerdos comme une oeuvre théâtrale mais uniquement comme un portrait de France, livrée par ceux, chrétiens, athées, juifs, qui la font depuis plus de 70 ans. L’émotion prend, alors, faites leur l’honneur d’aller les écouter.

Visuel : Dale Recuerdos © Bruno Vallet

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