Théâtre
[Critique] Seagull (« Thinking of You ») à La Rose des vents : une Mouette complètement barrée pour le Festival NEXT !

[Critique] Seagull (« Thinking of You ») à La Rose des vents : une Mouette complètement barrée pour le Festival NEXT !

26 novembre 2013 | PAR Audrey Chaix

Cette Seagull (Thinking of You), c’est à New York que Didier Thibaut, directeur de La rose des vents et programmateur du festival NEXT, l’a découverte, dans le cadre d’un festival de théâtre underground. S’il a voulu permettre aux spectateurs du festival de connaître à son tour les drôles de dames de la compagnie Half Straddle, menées par Tina Satter, c’est pour leur côté décalé, sans retenue et plein d’une fraîcheur revigorante. Premières dates d’une tournée européenne, ces trois représentations à La rose des vents ont apporté une charmante touche de folie au festival.


L’inspiration de cette pièce, c’est bien entendu La Mouette de Tcheckhov : la Russie est omniprésente, entre bibelots, coiffes de fourrure et dialogues en russe – ou plutôt, en langage imaginaire ressemblant au russe à l’oreille ! Les personnages principaux sont bien là eux aussi : la blonde Nina, celle qui s’identifie à l’oiseau éponyme du titre, son amie et pourtant rivale Masha, le jeune écrivain Treplev, Arkadina, son actrice narcissique de mère, et l’amant de cette dernière, Trigorine. Ici, tous les personnages sont joués par des femmes, qui n’en ont malgré tout par toujours l’apparence. La compagnie s’amuse ici à brouiller les lignes, à jouer avec les genres pour mieux les interroger. La confusion est le mot d’ordre de la pièce, véritable revendication artistique (Tina Satter a même mêlé des extraits de la correspondance de Tchekhov), parfois au prix de la compréhension du propos – le spectateur est parfois tellement perdu dans les méandres de la pièce : alors que les comédiens s’approprient les tirades de personnages qu’ils ne semblent pas incarner, il ne sait plus trop à quel saint se vouer.

Ce que l’on retiendra, pourtant, c’est la belle façon dont la compagnie fonctionne ensemble. Eliza Bent est une attendrissante Masha qui, avec son rouge à lèvres noir, ses boots de rangers et ses traversées du plateau juchée sur un skate-board, évoque l’adolescence rebelle et perturbée d’une jeune fille en quête d’identité. À ses côtés, Emily Davis incarne la fragile Nina, parfois ronchon, à côté d’un Treplev qui semble à peine sorti de l’enfance. L’ensemble donne le sentiment d’une bande de copines lâchées sur scène pour prendre un plaisir fou à réinterpréter Tchekhov : c’est foutraque, c’est parfois complètement déjanté, à tel point que l’on n’est pas sûr de savoir où l’on est. Mais au fond, et c’est cela qui compte, c’est résolument jouissif, et c’est avec un enthousiasme non dissimulé que le public a applaudi cette drôle de Mouette.

Visuel : © photos de Ilan Bachrach

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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