Théâtre

« Congo » Faustin Linyekula met la Belgique face à son histoire au  Kunstenfestivaldesarts

« Congo » Faustin Linyekula met la Belgique face à son histoire au Kunstenfestivaldesarts

29 mai 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Créé au Kunsten  avant d’arriver fin novembre au Festival d’Automne, la pièce très théâtrale du chorégraphe Faustin Linyekula est une urgence sur le fond mais pèche par des poncifs formels contemporains qui épuisent.

Depuis bientôt 20 ans, Faustin Linyekula vit et écrit en RDC. Il ne faut jamais oublier cela quand on regarde et écoute Congo, très largement tiré du livre éponyme d’Eric Vuillard. Dans le long entretien qu’il accorde au Festival d’Automne, Faustin Linyekula rappelle que l’histoire coloniale est extrêmement méconnue en Belgique : » Je lisais il y a deux semaines un rapport de la Commission du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme qui indique que 25% des enfants qui finissent leur enseignement secondaire en Belgique ne savent même pas que le Congo a été une colonie belge ». Une fois cela conscientisé, comment raconter cette histoire ? Avec quels médiums ?

« Devine là où je te dévore » demande le Sphinx, et la phrase est posée en incipit au-dessus de Daddy Moanda Kamono et Pasco Losanganya assis comme figés, sur ce qui semble être un canapé. Faustin Linyekula les rejoint, debout, les mains levées qui s’agitent et tremblent. Il danse, les jambes en dedans, décalé et fragile, tout son corps dit le déséquilibre de la colonisation. Son mouvement, est comme dans ses précédents spectacles un discours politique.

Malheureusement, la pièce hésite entre cours d’histoire et représentation théâtrale. Bien évidemment que la fonction du théâtre est aussi de raconter les ruptures politique. Ivo Van Hove le faisait récemment dans The Hidden Force au sujet des colonies néerlandaises.  Majoritairement, nous sommes donc au théâtre, un théâtre à la logorrhée incessante.  Daddy Moanda Kamono, armé d’un micro va déambuler sur le plateau laissé dans un classique clair-obscur. Le texte est ciselé, c’est celui d’Eric Vuillard, très peu remanié. Il raconte tout : comment les européens ont à la conférence de Berlin en 1885 d’abord créé le Congo ( « Le Congo n’existe pas, c’est un fleuve », entend-on) avant de se le partager comme un gâteau.  Gâteau que les européens vont dévorer affamés pour voler le caoutchouc. Le texte est génial et plein d’humour, Vuillard écrit « On est rarement protectionniste chez les autres »

Il y a des idées très pertinentes ici. La première est de porter une parole à trois voix : la parole, le chant et la danse. La seconde est un travail sur le son dément.  Lors de la création, dans la forêt aux bords du fleuve, le chorégraphe a enregistré. Avec Franck Moka ils offrent un enveloppement éléctro-acoustique où les feuilles bruissent et où les animaux se font entendre.  Souvent, Pasco Losanganya, au visage très serré vient chanter les chants, non traduits, qui semblent dire la douleur de cette histoire, particulièrement les exactions de Léon Fiévez qui demandait à ses troupes de découper les mains des coupeurs de caoutchouc. 

Congo vaut pour le devoir de mémoire et pour la transmission très pédagogique de l’histoire. Voir la pièce au KVS à Bruxelles prend bien sûr une ampleur particulière. Il s’agit d’enfants de colonisés qui parlent aux enfants des colons. Ce n’est pas rien, mais  une posture trop classique qui vient mêler tous les poncifs déjà vieux du théâtre contemporain (Le micro associé à la boule à facettes, auxquelles s’ajoute la lumière stroboscopique par moments ) épuisent le propos.

Après deux heures, éprouvantes d’un texte dit avec omniprésence, ce qui reste c’est plutôt cette image qui dit tout, celle des mains au bord de la chute, tellement elles convulsent,  du danseur.  

 

Visuel : ©Agathe Poupeney

Au  Théâtre de la Ville – Les Abbesses du 20 au 23 Novembre

Infos pratiques

La Cigale
Tant qu’il y aura des bretons
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *