Théâtre
Comédie française : un Malade presque parfait

Comédie française : un Malade presque parfait

07 juillet 2014 | PAR La Rédaction

Le 17 février 1673, au soir de la quatrième représentation du Malade imaginaire, Molière succombe sur scène. L’une de ses plus brillantes comédies est jouée à la Comédie française jusqu’au 20 juillet. Cette reprise, mise en scène par Claude Stratz, peut sans peine être qualifiée de brillante. L’occasion de revoir un grand classique, qui n’a pas pris une ride.

[rating=4]

« Le Malade imaginaire », c’est d’abord cette pièce intemporelle que l’on connaît tous, l’histoire d’un homme hypocondriaque, Argan, ici joué par l’excellent Gérard Giroudon. Au tout début de la pièce, il est assis seul, sur sa chaise percée – qui lui sert d’ailleurs pour ses écœurants lavements- et, éclairé à la lueur d’une bougie, il fait ses comptes ; et il tousse, il crache, il peste. C’est un parfait (faux) malade. Continuellement angoissé, il fait l’enfant, joue la victime, et nous fait rire à ses dépens.

Car bien qu’il se porte à merveille, il est persuadé être gravement atteint. Esclave de ses médecins, entouré d’une cour de mécréants et de charlatans, il décide alors de marier sa fille Angélique au neveu de son fidèle médecin traitant, Monsieur Purgon. Mais cette dernière, éprise du jeune Cléante, s’oppose à ce mariage et lui résiste au risque d’être envoyée au couvent. « Je veux me faire un gendre et des alliés médecins » : c’est pour lui qu’il lui donne ce médecin, en père égoïste et autoritaire. D’autant plus que le promis (joué à la perfection par Alexandre Pavloff), est d’un ridicule si ostentatoire qu’il nous paraît sincère.

Cette pièce a été écrite par un Molière mourant, mais le malade est bien vivant, lui, et ses accès de colère témoignent de son extraordinaire vitalité. Et c’est bien cela qui rend cette pièce si drôle, cela qui nous fait tant rire. Tandis qu’il hurle, rouge de rage, il ne pense plus à sa maladie ; ce n’est que lorsque la servante, Toinette, lui rappelle qu’il est malade, qu’il se couche brutalement et se sent au plus mal.

Le trio Argan-Toinette-Angélique fonctionne à merveille : Toinette en confidente d’Angélique, a toujours la répartie qu’il faut. Elle excelle dans son rôle de servante impertinente, tantôt tendre et douce –avec Angélique-, tantôt ironique et parfois méprisante, – avec Argan. « Est-ce que vous êtes malade ? », lui demande-t-elle soudain, provoquant la fureur du souffrant et les rires des spectateurs.

A la fin de la pièce, Béralde, le frère d’Argan, fait entrer la fête des fous dans la maison bourgeoise. Ecrite en pleine période de carnaval, les scènes burlesques sont loin d’être superflues dans cette mise en scène épurée, bien au contraire : elles lui donnent un souffle, un ton encore plus ironique. Aucune fausse note, donc, dans cette « comédie crépusculaire » – qui vacille entre comique et tragique, qui nous tire des larmes de rire mais nous fait réfléchir aussi : tapis dans l’ombre, la mélancolie, l’inquiétude, le désespoir et l’insensibilité se cachent derrière cette immense farce satirique.

« Le Malade imaginaire », de Molière (reprise), Mise en scène de Claude Stratz, avec Gérard GIROUDON, Catherine SAUVAL, Christian BLANC, Alain LENGLET, Denis PODALYDÈS, salle Richelieu de la Comédie Française, Durée : 2h sans entracte.

visuel :  © Cosimo Mirco Magliocca


Mathilde DONDEYNE

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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