Théâtre
« Clouée au sol », la performance de haut vol de Pauline Bayle

« Clouée au sol », la performance de haut vol de Pauline Bayle

26 octobre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

A voir au Off d’Avignon , au Nouveau ring, tous les jours à 16h20.

Pauline Bayle campe jusqu’au 26 novembre une femme pilote (d’ailleurs, il nous a fallu quelques heures, bien après la fin du spectacle, pour entendre qu’elle n’était jamais nommée), dans Clouée au sol, la pièce de George Brant, parfaitement mise en scène par Gilles David. Une bombe qui fait boom comme une attaque aérienne.

[rating=5]

Il y a d’abord un texte projeté au mur qui apparaît comme s’il était dicté. On y découvre le portrait d’une femme moyenne qui voit très bien de loin mais pas trop de près. « Elle n’est pas daltonienne ». Ni grosse ni maigre. Puis on l’aperçoit, dans la pénombre puis la lumière bien orchestrée par Marie-Christine Soma. Commence alors une guerre. Une guerre des mots, dans un flux incessant, dans une respiration hachée.

Sur un plateau blanc incliné, Pauline Bayle se tient droite, les jambes écartées comme si elle était justement clouée au sol. On pense immédiatement à Laurent Poitrenaux dans Un mage en été. Comme lui, la plupart du temps, seul le haut bouge. L’image devient rapidement hypnotique. Nous sommes portés par le flow de la voix grave de Pauline et par son regard qui transpercerait un mur. Elle raconte. Son récit est époustouflant car sur le fond il est banal.
C’est juste l’histoire d’une fille qui tombe enceinte et qui voit sa vie professionnelle perturbée. C’est tout ? Pas vraiment. Quand le job de la fille est secret défense l’affaire se complique. Quand la fille qui aime le bleu se retrouve plongée dans l’univers rose de Pégase le petit poney, c’est la déprime en gris foncé.
On assiste à un double glissement, celui d’une nana qui se perd elle même et celui d’un changement de paradigme dans l’US Air Force qui transforme sa flotte humaine en robots.

Le spectacle est une bombe, car il ne laisse pas le spectateur respirer. Le récit est drôle, ponctué de petites phrases qui nous font entrer dans la tête de cette pilote de chasse qui a des problèmes d’épouse et de maman. On se reconnaît forcément dans ses angoisses, ses étouffements et ses libérations, car il faut le dire, son mari Eric est formidable, compréhensif et visionnaire. Cela ne suffira pas à empêcher la chute de celle qui habitait seule dans le ciel. Elle craque, craque…

On connaissait Pauline Bayle bonne metteuse en scène. Elle avait adapté  L’Iliade avec paillettes et brio. On la découvre comédienne géniale ( la dame a été formée au Conservatoire tout de même), dans un rôle à la physicalité intense. On est totalement transportés par la jeune femme qui au commencement semble fragile dans sa combinaison militaire. Fragile ? Elle démontre en fait une montée en puissance magistrale.

A voir absolument.

Visuel : ©Marina Raurell pour le pole media

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