Théâtre
Chatons violents à la Gaîté Montparnasse : toutes griffes dehors !

Chatons violents à la Gaîté Montparnasse : toutes griffes dehors !

05 octobre 2015 | PAR Araso

Après le succès de son premier seul en scène « La Lesbienne Invisible », Océanerosemarie revient sur scène avec « Chatons Violents » une satire enjouée de la société française actuelle, de Paris à Marseille en passant par Roubaix qui réussit la prouesse d’aborder les sujets les plus sensibles avec un savant mélange de finesse et d’humour décapant. Résultat : on rit du début à la fin alors même que s’amorce en nous un sain travail d’introspection. Inratable.

Avertissement au spectateur : du couple à l’adoption de chatons, du sexe à la famille, de la violence sous-jacente au racisme latent, de la politique faussement de gauche aux religions faussement laïques, de l’hypocrisie bobo au repli communautaire, tous les sujets passent à la moulinette du verbe enjoué d’Oceanerosemarie dont le cerveau va à trois mille à l’heure et la langue claque encore plus vite. Car l’affiche du spectacle est délicieusement trompeuse : on y voit Oceanerosemarie vêtue d’un sage chemisier vichy et d’un pull rouge, cheveux blonds sobrement rassemblés en un chignon sur la nuque, caricature de la bourgeoise version 2015 l’air naïf et le regard rêveur tandis qu’elle caresse un chaton XXL. Mais qui est Oceanerosemarie ? Auteure, chanteuse et comédienne, Craquinette et Froustinette sont réellement ses deux chats. Elle est surtout redoutablement cultivée, brillante, intelligente, son verbe fait mouche et sa sensibilité est aussi affûtée que la lame d’Aramis. Cet équilibre très subtil rend un humour juste, jamais corrosif, et lui permet de tout dire, tout faire, pour le bonheur d’un public qui n’a de cesse de s’en délecter.

On sort de ce spectacle en ayant ri, beaucoup, en ayant réfléchi, presqu’autant. On repart avec des images hilarantes de farfadets luminescents, de chattes posant pour des photographes imaginaires, un regard nouveau sur le féminisme, une bienveillance accrue pour la diaspora des cœurs brisés, une culture des acronymes étendue à grand renfort de NMTTC CUTDF et BBB, une nostalgie révélée du parisien qui vit avec sa ville une histoire d’amour oscillant en permanence entre mariage et divorce, l’utopie d’un idéal de vie qui ne trouve pas sa place dans une société figée dans l’apathie politique, la langue de bois, la violence et le racisme latents. Et l’on rentre chez soi accompagné d’une nouvelle amie, tandis que nos zygomatiques se détendent : un début de conscience collective. Et si Oceanerosemarie parle très vite c’est pour que l’on ne comprenne pas tout, que l’on parle du spectacle avec parcimonie à un cercle soigneusement choisi et qu’on retourne la voir, évidemment.

« Chatons violents » de et avec Oceanerosemarie, au Théâtre de la Gaîté Montparnasse jusqu’au 4 Janvier 2016.

Araso

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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