Théâtre

La cantatrice chauve de Eugène Ionesco, l’ultime reprise de Lagarce à L’Athénée Louis Jouvet.

La cantatrice chauve de Eugène Ionesco, l’ultime reprise de Lagarce à L’Athénée Louis Jouvet.

20 janvier 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Créé par Jean-Luc Lagarce en 1991 dans une mise en scène de rupture à la version originale de 1957, encore jouée au Théâtre de la Huchette, puis re-crée en 2002 à l’Athénée, la proposition toute en couleur de ce génie qui nous a quittés trop tôt revient pour une ultime saison avec la troupe d’origine. 

 

Nous sommes dans un jardin de carton-pâte aux couleurs vives plutôt que dans la pénombre discrète d’un salon anglais. Au fond de ce jardin de dessin animé s’impose la maison des Smiths. Au-dessus dans un ciel irréellement bleu voyage une lune tout aussi fictive. La rupture est totale d’avec la version historique, l’ambiance est à la fête, à l’exagération et à la caricature. Une bande-son faite de musique de dessins animés ou de films d’Hitchkock finit de panacher la scénographie à la cartoons.

Une pièce faussement facile.

Une oeuvre de Ionesco, comme un Feydeau exige pour nous mobiliser deux caractéristiques essentielles, le rythme et le pouvoir comique des acteurs. Car en l’absence de sous-texte l’élaboration est inutile, seul compte le rire. Le public rit du texte délirant et absurde, composition géniale d’une subversion de la langue en ses signifiants et d’un mépris joyeux de ses règles. Les hommes chez Ionesco n’ont jamais autant parlé pour ne rien dire.

Aussi le geste de monter la cantatrice chauve est toujours difficile. La responsabilité s’abat sur Mireille Herbstmeyer de lancer la pièce et l’intrigue. Elle lance les premiers rires, elle réalise la première magie. Elle connaît sa cantatrice et elle connaît son métier. Elle sait aussi et en principal son pouvoir comique et l’utilise, comme il convient chez Ionesco, en en abusant jusqu’à l’outrance burlesque.  Olivier Achard, François Berreur et Jean Louis Grinfeld prêtent leur talent et leur physique à leur personnage. Marie Paul Sirvent est une bonne, meneuse d’équipe admirable. Et Emmanuelle Brunschwig est une Madame Martins hilarante aux frontières de la folie.

Une pièce moderne.

La pièce fut écrite en 57. Nous la retrouvons dans la proposition de 1992. Elle est étonnamment moderne car Jean-Luc Lagarce disparu trop tôt en 1995, ajoute au morcellement des mots et du sens le morcellement de la pièce elle-même. La mise en scène historique de Bataille est interrogée durant la représentation, d’abord sous forme de commentaires enchâssés et lâchés au public par la servante des Smiths puis sous la forme d’une mini pseudo conférence improvisée à la fin de la représentation .

Et la joie comique et l’esprit de l’auteur envahissent tous deux la salle. Cette Cantatrice Chauve appartient définitivement au répertoire et il s’agit de foncer la découvrir.

Crédit photos © Christian Berthelot

texte Eugène Ionesco
mise en scène Jean-Luc Lagarce

avec Mireille Herbstmeyer, Jean-Louis Grinfeld, Marie-Paule Sirvent, Emmanuelle Brunschwig, Olivier Achard, Christophe Garcia, François Berreur

décor Laurent Peduzzi
lumière Didier Etievant
costumes Patricia Dubois
regard extérieur François Berreur

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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