Théâtre
« Caché dans son buisson de lavande, Cyrano sentait bon la lessive », une histoire incroyable

« Caché dans son buisson de lavande, Cyrano sentait bon la lessive », une histoire incroyable

26 décembre 2019 | PAR Magali Sautreuil

Si la triste histoire d’amour de Cyrano de Bergerac et de sa cousine Roxane est connue de tous, vous ne saviez peut-être point qu’elle avait été transposée dans le Japon médiéval grâce à l’imaginaire de Taï-Marc Le Tanh et de Rébecca Dautremer. (Re)découvrez l’œuvre d’Edmond Rostand à Paris, au théâtre Douze jusqu’au 6 janvier 2020, dans une adaptation poétique et émouvante, à l’esthétique très marquée et raffinée.

Le spectacle commence tout en douceur tel un songe qui se dessine peu à peu. Derrière un tulle blanc transparent, nous distinguons la silhouette de trois jeunes femmes. L’effet vaporeux du tissu et leur chant venu d’ailleurs titillent notre curiosité et nous transportent dans un univers onirique.

Ces trois demoiselles sont non seulement les conteuses de la pièce, mais aussi ses protagonistes. En effet, une fois leur masque de « Nô » sur le nez, elles disparaissent pour laisser place à la belle Roxane et aux trois samouraïs que sont Christian, Cyrano et De Guiche. Elles reprennent les codes du Kabuki, notamment les temps de pause durant lesquels les personnages se figent, tout en les détournant, puisque normalement ce sont des hommes qui interprètent les différents rôles.  

Voilà donc le roman d’Edmond Rostand transposé dans le Japon médiéval, un pays source de fantasmes pour les Occidentaux, qui vient sublimer la tragédie imaginée par l’écrivain.

Tout comme les samouraïs, Cyrano doit rester maître de lui en toute circonstance et affronter avec courage les épreuves qui se présentent à lui, ce qui n’est guère évident. Il vit en effet à une époque terrible, où les gens ne peuvent souffrir de voir quelqu’un différent d’eux. Tous ceux qui sont considérés hors norme sont d’ailleurs moqués. Et Cyrano, avec son gros pif, est raillé à tout bout de champ. Il a donc appris à se défendre et à faire des mots ses alliés. Mais face à Roxane, sa cousine dont il est éperdument amoureux, ces derniers lui paraissent bien dérisoires face à tant de beauté, surtout qu’elle n’a d’yeux que pour le beau Christian, malgré sa grande bêtise, dont elle ignore tout, puisque Cyrano s’en est fait la voix et la plume…

Pourtant, à y regarder de plus près, le nez de notre poète n’est en rien hideux. Bien au contraire ! Le masque qu’il porte et le tatouage qui souligne son museau le rendent tout à fait craquant. Par ailleurs, l’univers dans lequel il évolue est si élégant et raffiné qu’il ne pourrait en être autrement. Tout n’est que délicatesse dans ce jardin japonais aménagé avec la plus grande attention. Des meubles en bois exotiques, des galets, de petites serres en verre, des bambous, des bonzaïs, des coquelicots, de la lavande…, tout a été pensé dans le moindre détail pour nous plonger dans un monde d’une infinie douceur, propice aux histoires d’amour et à la poésie. Une impression renforcée par la délicatesse de la gestuelle des comédiennes et des costumes qu’elles portent.  

Mais malgré cette atmosphère charmante, presqu’irréelle, on ne peut s’empêcher de ressentir un pincement au cœur, un sentiment véhiculé notamment par la musique qui accompagne le spectacle. D’inspiration asiatique, elle reprend entre autre le thème principal du film Le secret des poignards volants composé par Shigueru Umebayashi. Douce-amère, cette mélodie est teintée à la fois de douceur, de poésie, de mélancolie et d’une infinie tristesse, ne laissant présager rien de bon pour l’avenir de notre trio amoureux.

Peu à peu, l’histoire de Cyrano s’assombrit, surtout lorsque la guerre vient perturber son quotidien. L’ambiance change alors radicalement. L’appel radiophonique du fourbe De Guiche rappelle celui de De Gaulle et les heures sombres qui ont marqué le XXe siècle. Les instruments à vent et à cordes ont cédé la place aux percussions et le paisible jardin à une ténébreuse forêt de bambous. Les jeux de lumière et le travail sur le clair-obscur contribuent ainsi à la narration.

Pour contrebalancer le drame que vivent Christian, Cyrano et Roxane, nos trois conteuses ponctuent leur récit de quelques apartés fantaisistes et humoristiques, qui viennent éclairer certains événements ou expliquer des éléments de langage comme ce qu’est un fâcheux, ce qui définit la poésie, ce qu’est une métaphore, le pouvoir des mots… Ces parenthèses ont ainsi non seulement une visée pédagogique, mais elles apportent également  beaucoup de légèreté au texte. Celui-ci est d’ailleurs une adaptation assez libre et simplifié du Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. Il a cependant su en conserver l’âme et, comme si Cyrano lui-même l’avait revisité, joue avec les mots avec le même panache !        

Caché dans son buisson de lavande, Cyrano sentait bon la lessive, pièce tout public à partir de 6 ans, écrite par Taï-Marc Le Tanh, d’après Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, illustrée par Rébecca Dautremer, mise en scène par Hervé Estebeteguy et interprétée par la compagnie Hecho En Casa, présentée à Paris, au théâtre Douze, du 23 décembre 2019 au 6 janvier 2020, tous les jours, à 15h et 20h. Durée : 60 minutes.

Retrouvez l’actualité de la compagnie Hecho En Casa sur son site Internet (ici) et sur sa page Facebook (ici).  

Visuels : Affiche de © Rébecca Dautremer et photos de © Guy Labadens.

Infos pratiques

Bibliothèque Publique d’Information (BPI) du Centre Pompidou
Petit Journal Montparnasse
theatredouze

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