Théâtre

« Les Bijoux de pacotille » : un désespoir jamais toc

« Les Bijoux de pacotille » : un désespoir jamais toc

19 janvier 2018 | PAR Suzanne Lay-Canessa

Premier roman de la prolifique comédienne Céline Milliat-Baumgartner, c’est tout naturellement que Les Bijoux de pacotille fait aujourd’hui son chemin au théâtre, sous la direction bienveillante de Pauline Bureau. Jusqu’au 21 janvier au Paris Villette

Céline a huit ans lorsque ses deux parents périssent dans un accident de voiture. La plaie est encore ouverte, mais l’on n’y plonge jamais avec fracas : comme le texte autobiographique étoffait de sensations, de réminiscences et de broderies une maigre boîte à souvenirs, la prestation de la comédienne recouvre une voix et un cœur nus des tendres oripeaux de l’enfance. Céline Milliat-Baumgartner arpente la scène dans une robe de fillette, perd dans l’auditoire un regard joueur mais sans détour.

Elle égrène les scènes de vie heureuse, les portraits fantasmés d’une famille bohème et aimante, ses imperfections et ses à-côtés, ces gestes simples que le manque a rendu sublimes et indispensables. Puis caresse du bout des doigts la douleur de l’après, de l’absence, avant de rebondir sur un trait d’esprit, un sourire capricieux, une ritournelle. Avant de raccommoder de nouveau, à partir d’une pulsation, d’une musique ou d’une odeur, les figures jamais oubliées.

Sur ce récit d’un père un peu trop aimé, et d’une mère idéalisée, s’érige à nouveau le désir de filiation lacunaire d’une orpheline se rêvant mère à son tour. La langue de Céline Milliat-Baumgartner, orale, familière, enfantine, devient langage, celui d’un corps et d’une voix d’actrice : comme sa mère, la petite fille ne résiste pas à l’appel des planches, attire autant qu’elle interroge le regard. Coutumière de ces récits de l’intime,

Pauline Bureau épouse avec intelligence cette pudique mise à nu. Habillée d’effets aussi économes qu’efficaces – un miroir au plafond donne à l’adulte une taille d’enfant, quelques projections suggèrent un écran de télévision ou l’entrechoc des vagues – la prestation de l’actrice ne peut que gagner en portée, sans rien perdre en émotion.

texte et interprétation Céline Milliat Baumgartner / mise en scène Pauline Bureau / scénographie Emmanuelle Roy / costumes et accessoires Alice Touvet / composition musicale et sonore Vincent Hulot / lumière et régie générale Bruno Brinas / dramaturgie Benoîte Bureau / vidéo Christophe Touche / magie Benoît Dattez / travail chorégraphique Cécile Zanibelli
Le texte est publié aux éditions Arléa.

production : La part des anges / coproduction : Théâtre Paris-Villette, Le Merlan, scène nationale de Marseille, Théâtre Romain Rolland, scène conventionnée de Villejuif / avec le soutien du Conseil départemental du Val-de-Marne dans le cadre de l’aide à la création / résidences de création : Théâtre Paris-Villette, Théâtre Romain Rolland, scène conventionnée de Villejuif, Théâtre de la Bastille. / la compagnie La part des anges est conventionnée par le ministère de la Culture / Drac Normandie au titre du dispositif compagnies à rayonnement national et international. Elle est également conventionnée par la Région Normandie. Pauline Bureau est artiste de la bande du Merlan, scène nationale de Marseille. / développement et diffusion Olivia Peressetchensky / administration Christelle Krief, assistée de Paul Lacour Lebouvier / presse ZEF, Isabelle Muraour

Du 19/01/18 au 21/01/18 : Théâtre Paris-Villette

Du 22/02/18 au 23/02/18 : Le Grand Feu, Dunkerque

Du 06/03/18 au 31/03/18 : Théâtre du Rond-Point

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Suzanne Lay-Canessa

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