Théâtre

« Bac 68 » à l’Athenee Louis Jouvet

« Bac 68 » à l’Athenee Louis Jouvet

07 novembre 2016 | PAR David Rofé-Sarfati

S’il est une phrase que les parents et les époques n’ont pas peur de rabâcher, c’est bien : « Passe ton bac d’abord »… Mais pour Ferdinand Faure, promis à de basses études et même voué par sa mère aux bigoudis et aux rouflaquettes, nous sommes en mai 1968 et s’approchent son bachot et la révolte. L’occasion pour Caubére de se saisir de son histoire pour nous prouver une fois encore combien il est un bûcheur et  un inventeur et un avant-gardiste. Et combien il compte pour nous.

Bac 68 est une comédie écrite, mise en scène et jouée par Philippe Caubère après avoir été improvisée devant Jean-Pierre Tailhade et Clémence Massart. De cette improvisation elle a gardé ce ton de monologue faussement informel et de conversation avec le public que seul Caubére sait jouer.

En 1968 Philippe Caubère (Alias Ferdinand Faure) s’est présenté au deuxième bac et l’a réussi, mais de justesse. Il nous raconte son bac et comment son bac va s’inscrire dans la grande histoire. Et comme toujours avec Caubére, on rit beaucoup. D’un rire clair lorsque sa mère inculte bourgeoise, trop bavarde est prête à tous les stratagèmes pour que son fils obtienne son bac mais qui, mère par ailleurs envahissante et écrasante, s’empresse de disqualifier ce bac obtenu de justesse par complaisance due aux événements de mai. On rit de sa Dyane au système de vitres inénarrable et de son embardée dans les oliviers. On rit de ce professeur qui collectionne les papillons et dont les murs du bureau sont recouvert de milliers de papillons épinglés cependant qu’encore vivants. On pleure de rire lorsque le pauvre Ferdinand découvre que l’examinateur n’est pas le prévu et corrompu et qu’à travers une vitre il l’annonce à sa mère. On rit tout au long car Caubére est un génie du jeu et par son génie il nous fait croire à tout sans jamais nous y faire croire.

C’est au delà de nos rires qu’apparaîtra dans l’après-coup ce pour quoi la salle est enthousiaste entre les fidèles de plus de 30 ans, les affidés et ceux qui découvrent Caubére en se demandant comment ils ont pu ignorer celui qui est déjà mythique. Dans la salle aussi quelques comédiens car Caubére à chaque fois et sans le dire tient classe.

Et sa classe de théâtre dissèque et détricote ce qu’est le théâtre. Au théâtre tout le monde ment; l’acteur qui joue bien sûr mais le public aussi qui fait semblant d’y croire. C’est le texte et derrière lui l’auteur qui ne ment pas, La seule vérité est celle du texte car celui qui l’a écrit n’est pas sur scène et sa pensée nous sert de tiers hors champ garant d’une vérité de première nécessité. Chez Caubére, le tiers passe en coup de vent,  fil d’Ariane de tous ses spectacles. La construction de l’édifice tient par ce tiers (et peut être aussi parce que Caubére est à 66 ans, c’est sa bénédiction,  un très bel homme).

Caubére tient la place du texte et de l’auteur. Il ne peut jouer au plus prés de son sujet car il est le sujet. Comment parvient Philippe Caubére à déréaliser, à représenter tout en dissimulant? Il faut aller le voir pour comprendre un peu ce qui fait son métier et son génie.

Ensuite nous irons voir « La danse du Diable » pour prolonger le plaisir et pour un peu mieux comprendre ce qui procède du génie,  entre autre dans une scène analogique de la pensée théâtrale du maître : Caubére en bande de scotch.

La Danse du diable, histoire comique et fantastique écrite, mise en scène et jouée par Philippe Caubère après avoir été improvisée devant Jean-Pierre Tailhade, Clémence Massart du 11 octobre > 20 novembre 2016

Le Bac 68comédie française, écrite, mise en scène et jouée par Philippe Caubère après avoir été improvisée devant Jean-Pierre Tailhade et Clémence Massart du 4 octobre > 19 novembre 2016

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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