Théâtre

Avignon Off,  « A fond » au Théâtre des Corps Saints

Avignon Off, « A fond » au Théâtre des Corps Saints

04 juillet 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

A Fond, Lauréat du prix de la presse et du Festival Traits d’Union, s’installe à Avignon avec l’histoire de jeunes hommes « moyens » au milieu d’une province enclavée. Admirable.

Alex et Rémy, deux jeunes hommes « moyens », issus d’une commune sans doute « moyenne », semblent passer leurs journées assis au bord d’une voie ferrée, à regarder les trains. Luc, lui, tout aussi « moyen », prend le TGV pour partir à Paris. Au wagon-bar, il rencontre Marion, apparemment parisienne.

Sauf à avoir choisi un décor de voie ferrée trop réaliste, la pièce est montée comme une fable. Le plateau est séparé en deux. Par un jeu de lumières l’intrigue alterne entre soit la décharge en lisière de voie ferrée où des jeunes adolescents provinciaux se retrouvent, soit un wagon de TGV où une rencontre va advenir.

La plume de Lucas Henaff est admirable. La bascule entre les deux lieux figure, comme une parabole, l’enjeu et l’interrogation de la pièce : une bascule par le truchement de la rencontre avec Marion, parisienne chargée de communication ambitieuse et dynamique, va-t-elle advenir dans le destin de Luc, velléitaire dépressif et timide? Devant cette ouverture possible, on découvrira comment s’inscrit le farniente et le désœuvrement chez ces craintifs provinciaux, ces abonnés au RSA, ces ados plus réactionnaires que leurs parents ou même, et la pièce en devient actuelle, chez les groupuscules zadistes. Le nihilisme infantile de ces jeunes, leur projet fondamental que rien ne change est l’expression d’une retraite de désir d’amour et d’avenir. Les pleurs de Luc à la fin de la pièce signent cet espoir perdu, car abandonné par Luc lui-même.

Ce retrait peureux de tout désir de changement n’est atteignable que par une consommation massive de cannabis qui fige et anesthésie chaque germe de volonté, et accessoirement apaise la mélancolie de ces ados transformés en vaches regardant les trains passer.

Le public est conquis, les rires se succèdent. Les comédiens talentueux parviennent à nous rendre proches de  ces jeunes provinciaux végétatifs mais attachants; et Paul Delbreil qui joue le héros est assurément promis à une immense carrière.

 

 

A fond, Théâtre des Corps Saints, 21H55

visuel : © affiche du Train Bleu

Infos pratiques

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Artéphile
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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