Théâtre

Avignon OFF, J’ai rencontré dieu sur Facebook de Ahmed Madani au Gilgamesh Belleville, un contre feu vertueux.

Avignon OFF, J’ai rencontré dieu sur Facebook de Ahmed Madani au Gilgamesh Belleville, un contre feu vertueux.

01 juillet 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Depuis 2012 Madani Compagnie s’interroge sur la jeunesse des « quartiers ». Après F(l)ammes en 2106, Ahmed Madani dans J’ai rencontré dieu sur Facebook s’attaque à la problématique du djihadisme et celle de l’endoctrinement des adolescents via internet.

 

Face à la propagande des islamistes Ahmed Madani écrit une pièce à destination de la jeunesse. À la propagande de Daech manipulatrice lyrique sachant utiliser le romanesque, l’épique, le grandiose et le spectaculaire, Ahmed Madani pousse sa propre propagande en un texte jamais distant, sans métaphore ni lettrisme. Le décor et la scénographie appuient ce trait éloigné de toute poésie. Il ne veut pas être accusé de manipulation. Avec la même malice, il refuse et s’interdit d’aborder les causes. Seuls les effets l’intéressent.

Ainsi l’adolescente endoctrinée est une fille sage bien élevée qui n’a pas grandi dans le terreau propice à l’endoctrinement.  Il ne s’agit pas d’un manifeste politique ou de l’illustration mise en scène d’une étude de psychosociologie. Le combat est ailleurs. Les quartiers entiers repliés sur eux-mêmes derrière le mur de leur religion, les femmes de plus en plus voilées, les hommes toujours plus fidèles au Coran et sensibles à son appel à la conversion des mécréants et à la guerre sont ignorés.  Comme sont ignorés les crimes de guerre des décolonisations qui restent inscrits à leur insu dans la mémoire des enfants, trauma transgénérationnel. La pièce gomme les deux aspects pour dévoiler autre chose.

Entre le dialogue difficile entre la mère émancipée et sa fille qui rêve de se soumettre au patriarcat religieux, s’entrevoit  (et c’est là le génie du geste théâtral) la demande d’amour d’une jeunesse qui en cela est conforme à toute jeunesse. J’ai rencontré l’amour  sur Facebook, voudrait clamer la jeune fille.  Avec bienveillance Madani ne disqualifie pas son choix de la voie du fanatisme religieux. Mieux il le qualifie. Il n’est pas une impasse, il est une tromperie. Jamais les personnages ne sont ridicules. Par une mauvaise mais brillante farce finale l’héroïne découvrira que la voie de l’islamisme n’est qu’un leurre.

Ahmed Madani désamorce le piège par une fin à la Molière -que nous ne spoilerons pas- Par une théâtralité volontairement scolaire, par un texte simple et accessible, par enfin un jeu d’acteurs contributif, il donne vertueuse leçon. Mounira Barbouch et Louise Legendre défendent leur personnage dans un naturalisme édifiant tandis que  Valentin Madani -épatant- confirme ici son talent dans une proposition où à l’édifice il ajoute merveilleusement le rire.

Une pièce vertueuse  à voir et à faire voir.

J’ai rencontré dieu sur Facebook

texte et mise en scène : Ahmed Madani
Avec : Mounira Barbouch, Louise Legendre, Valentin Madani

Crédit Photos Affiche

11 Gilgamesh

11, bd Raspail
84000 – Avignon 

Infos pratiques

Musée d’art moderne de Troyes
Cité du vin
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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