Théâtre

F(l)ammes de Ahmed Madani à la Maison des Métallos

F(l)ammes de Ahmed Madani à la Maison des Métallos

24 octobre 2017 | PAR David Rofé-Sarfati

Ahmed Madani poursuit son travail de théâtre documentaire auprès de la jeunesse des quartiers.  Après la parole des hommes dans Illumination(s), c’est au tour des jeunes femmes de se faire entendre dans F(l)ammes, qui après son succès au OFF d’Avignon se donne à la Maison de Métallos

Le spectacle consiste en un documentaire type M6 sur un plateau de théâtre à la manière des émissions-témoignages de Bernard de La Villardière. Un docu-fiction sans fiction joué par un club de théâtre de banlieues qui offre le micro à dix jeunes Françaises des quartiers. La mise en scène légère d’Ahmed Madani alterne les monologues racontés au micro, les scènes chantées et dansées et des extraits de films tournés dans la nature. Dix jeunes Françaises issues de l’immigration sont au cœur d’un combat sans merci entre deux cultures, celle qui les emprisonne, l’archaïque et le patriarcal de leurs parents, et la culture républicaine et laïque qui les désaliénera si le principe d’égalité veut bien se replier sur elles, et si les peurs et les rancœurs accumulées se dissolvent par la sortie du communautarisme.

Le spectacle est jeune, joyeux drôle et d’une fraîcheur qui emporte toutes les adhésions. On en ressort plein d’énergie. Ne pas avoir honte d’où l’on vient est asséné comme un mantra cependant que sont listés les peines à s’intégrer, le faciès, le racisme arabe anti noir (on regrettera que l’antisémitisme des banlieues soit par une étrange pudeur gommé) les cheveux crépus, les perruques, les foulards, les mariages forcés, les répudiations, les l’excisions, la violence des pères et de façon générale la loi patriarcale importée de l’orient ou de l’Afrique et qui détruit ces jeunes filles.

Au delà du plaisir de découvrir une jeunesse qui pense, élabore, se révolte, s’invectivent entre eux, qui danse et chante pour toujours tendre vers l’intégration, vers l’appropriation de la culture occidentale, animée par un réel amour de la France, leur pays, on découvre aussi, parce que le documentaire est merveilleusement intime les éléments cardinaux de la difficulté à s’intégrer.

Le spectacle qui est incontournable déplie admirablement la mécanique victimaire. Une concurrence entre les communautés sur la question du racisme et de la discrimination crée de fait une augmentation du sentiment d’exclusion, car il s’agit de gagner la compétition du plus discriminé. Ensuite le manque de LIBERTÉ dans ces familles surtout pour les jeunes filles, le fait que la FRATERNITÉ semble se résumer aux frères et sœurs, vecteurs eux aussi d’asservissement poussent ces femmes à croire par un effet retour que l’écueil est dans une société qui est réputée ne pas les accepter, qui est réputée leur refuser l’ÉGALITÉ. Le spectacle est génial et brillant dans cet enseignement de l’inversion des causes.

Le message reste d’un grand optimisme, car ces femmes prouvent combien elles aiment la dialectique et la France. Car leur énergie irradie la salle. Reste cette inquiétude du communautarisme et donc de l’échec de la pensée, car chaque personnage figure une caricature d’un groupe humain supposé homogène. Le spectacle finit comme il a commencé, par un poncif, une chanson américaine entre soul et gospel chantée par « évidemment » la black. Lorsque le micro est tendu à la jeune fille voilée, les femmes voilées dans le public s’agitent, rient un peu plus que nécessaire, applaudissent à la fin du monologue pour ensuite car la suite ne les concerne plus, retourner à leur chuchotis, leur whatsups ou Facebook.

A Noter : représentations à  la maison des Métallos jusqu’au 29 Octobre puis à La Cartoucherie à partir du 16 Novembre.

F(L)AMMES de AHMED MADANI
avec Anissa Aou, Ludivine Bah, Chirine Boussaha, Laurène Dulymbois, Dana Fiaque, Yasmina Ghemzi, Maurine Ilahiri, Anissa Kaki, Haby N’Diaye, Inès Zahoré
textes et mise en scène Ahmed Madani

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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