Théâtre

Avec « Andromaque », Anne Delbée ouvre le mois Molière à Versailles

Avec « Andromaque », Anne Delbée ouvre le mois Molière à Versailles

05 juin 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

La 23ème édition du Mois Molière démarre cette année avec la création, dans la cour des grandes écuries de la pièce de Racine Andromaque dans une mise en scène unique de Anne Delbée. La soirée inaugurale lancée par François de Mazière, créateur du Mois Molière a constitué un rare moment de théâtre, avec cette pièce-musée dans un lieu-musée. 

Depuis plus de 20 ans, le Mois Molière voulu par le maire François de Mazière, et animé par une armée de bénévoles dirigée par la précieuse Madame Lefèvre signe le lancement de la saison des festivals. Chaque année, du 1er au 30 juin, la manifestation voit affluer les comédiens à Versailles. Pour de nombreuses compagnies, il est un tour de chauffe avant le Off d’Avignon. Rappelons que le mois Molière est une manifestation de grande dimension : + de 100 000 festivaliers, 10 compagnies professionnelles de théâtre en résidence à l’année, + de 350 représentations (théâtre, musique, cirque, danse), dont 60% en entrée libre, + de 60 lieux investis dans les 8 quartiers de la ville (Grande écurie du château, Potager du Roi, Théâtre Montansier, ancien hôpital royal, galerie des Affaires étrangères de Louis XV, parcs, places et jardins…)

Anne Delbée est une croyante et déjà une légende

En ouverture de la 23e édition du Mois Molière, le festival propose pas moins de deux créations d’Anne Delbée. La tragédienne s’est donné le défi de présenter en miroir Andromaque (les 1er, 8 et 22 juin, à 20h45) et Le Misanthrope (les 2 et 29 juin, à 20h45), deux pièces écrites à l’époque par le jeune Racine et un Molière d’âge mûr, pour séduire la même femme, Mademoiselle du Parc, actrice de la troupe de Molière.

La plupart des grands metteurs en scène classiques n’ont qu’un but, qu’un seul rêve, celui d’apporter leur contribution à l’histoire de l’oeuvre. Au sein d’une sédimentation de mises en scène successives, ils espèrent ajouter leur couche; et que cet ajout fasse date. Ces metteurs en scène acceptent volontiers de modifier le texte ou sa traduction. Anne Delbée est d’un autre alliage, elle refuserait  d’amender le texte, car elle pourchasse autre chose. Elle a une foi. Elle croit que l’oeuvre connaît et renferme une façon académique et dogmatique de la produire, qu’il existe une bonne façon de mettre en scène qu’il nous incombe de découvrir, une crypto- façon cléricale entre tradition grecque et  chrétienne. Elle signe dans ce lieu magique chargé d’histoire une mise en scène d’ecclésiastique du théâtre que son talent et l’implication de sa troupe font échapper au kitsch pour lui pourvoir l’attribut suprême : une  cardinalité anthologique.

Andromaque entre tête haute, fière au son d’une musique symphonique. Elle se précipite sur un tas de vêtements jetés au sol. Le visage enfoncé dans ce relief de catastrophe, elle pleure Hector son mari mort.  La suite se résume à une phrase :  Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque. Celle-ci doit se marier avec Pyrrhus afin de mettre son fils à l’abri tout en restant fidèle au souvenir de son mari, Hector. Or l’assassin d’Hector durant la guerre de Troie fut Achille le père de Pyrrhus . On l’aura compris, l’air  est à la tragédie et Anne Delbée qui connaît son Racine par coeur attrape cette tragédie, la transmet en partage à sa fille Émilie (merveilleuse Andromaque) et les deux, la mère et sa fille, sosies restituent dans un geste mystique, un recueillement de croyantes la pièce de Racine dans un décrochement du temps et de l’espace. Les comédiens ne quittent pas le plateau, ils clament les alexandrins avec une musique désormais inusitée, les costumes sont des drapés de cérémonie. Et la nuit qui tombe lentement sur la cour des grandes écuries. Nous sommes dans un ailleurs hypnotique et vivons une expérience unique et sidérante construite par des réputées veilles recettes qui font loi et histoire.

Surtout ne pas rater cette Andromaque de légende de Anne Delbée et de sa fille Émilie, car l’histoire   dont celle du théâtre, ne s’écrit qu’à la faveur de ces belles transmissions.

 

 

Mise en scène : Anne Delbée

Assistant mise en scène : David Gravenhorst

Andromaque : Emilie Delbée

Pyrrhus : Valentin Fruitier

Oreste : Mickaël Winum

Hermione : Laure Portier

Pylade : Emmanuel Barrouyer

Cléone : Esther Moreau

Céphise : Larrio Ekson

Phoenix : Stanislas Perrin

Le Choeur : Arthur Campardon

Crédits Photos Copyright E.Lorrain .

Infos pratiques

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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