Théâtre
A la Colline, en route pour Trafic…

A la Colline, en route pour Trafic…

14 mai 2014 | PAR Christophe Candoni

Deux loosers idéalistes en sweats à capuche colorés aspirent à prendre la route dans un vieux fourgon Renault et changer de vie. C’est la trame de Trafic, la pièce très originale et formidablement réjouissante de Yoann Thommerel que mettent en scène Marie-Christine Soma et Daniel Jeanneteau à la Colline.

« A new Traf’ for a new life », c’est la devise de Fanch qui en pleine crise existentielle ne pense qu’à partir, tout quitter pour échapper à la pesanteur de la banalité, de son quotidien monotone et étouffant car hyper normé. Vivre en camion, parce que c’est subversif pense-t-il. Mais voilà… la fourgonnette dont il vient de faire l’acquisition ne quittera pas la porte du garage devant laquelle elle est stationnée. Plantée là, elle est l’objet des fantasmes les plus fous et libérateurs pour ce voyageur immobile et son copain Midch.

Jean-Charles Clichet et Pascal Rénéric forment ce couple détonnant et sont très crédibles en adulescents génialement immatures, à la fois flambeurs et dépressifs. Le premier a un côté écorché vif, une brute tendre à la Vincent Macaigne, il a d’ailleurs joué sous sa direction comme le second qui était son furieux Hamlet à Avignon dans Au moins j’aurai laissé un beau cadavre. Il est étourdissant d’audace, de fulgurance dans son jeu. La mise en scène se présente comme une comédie pop flirtant avec le trip psychédélique inquiétant. Saturée d’images et de sons, elle joue la carte du désordre explosif et de la prolifération agressive forcément caractéristiques du monde post-moderne, avec une bonne dose d’humour et de folie jusque-là insoupçonnés dans le très beau travail mais plutôt austère et rigoureux de Jeanneteau et Soma.

Ces deux artistes disent avoir été immédiatement enthousiastes à la première lecture du texte de ce jeune auteur de 34 ans et sont très en phase avec son caractère hybride, queer  comme aime le définir Thommerel, d’une originalité décapante et d’un propos très actuel. La pièce dépeint avec une exactitude qui n’est pas forcément à son avantage notre époque  et sa génération de trentenaires paumés, résignée et inactive. Son regard singulier, drôle, désespéré, extrait la pièce de la simple anecdote un peu légère. Certes tout ne fonctionne pas, le spectacle n’est pas sans faiblesses à commencer par ses petites longueurs mais il est extrêmement vif, percutant, anti-conventionnel, hyper sincère.

Photo © Elisabeth Carecchio

à 21h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h. Durée : 2h.

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