Performance

« Rien que pour vos yeux », Elsa Michaud & Gabriel Gauthier comme au cinéma

« Rien que pour vos yeux », Elsa Michaud & Gabriel Gauthier comme au cinéma

03 décembre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le duo que Cesar Vayssié suivait à la trace dans son film Ne travaille pas est sur la scène de la Ménagerie de Verre à l’occasion des Inaccoutumés pour Rien que pour vos yeux, une pièce en slow motion portée par le tempo de Avia et Orly.

Dans Ne travaille pas, leur techno froide s’emballait pour entrechoquer ce que l’on voit et ce que l’on entend.  Il en est de même pour ce projet chorégraphique produit par AFE Caroline Redy-César Vayssié, mais conçu et mis en scène par les danseurs Elsa Michaud et Gabriel Gauthier. Ils  connaissent bien le Off pour y avoir dansé Cover en 2018. La pièce était une accumulation de gestes issus du spectacle vivant.  Ici, avant que tout commence, il y a du vide juste coupé par la présence d’une petite enceinte et d’un néon ponctué d’une flèche. Un son vibratoire fait le reste.

Bientôt on verra un geste qui (de mémoire de spectatrice assidue de la Ménagerie) est neuf : mettre le feu au sol blanc.  Cela marque un début, dans une allégorie à peine figurée de la pellicule qui se déroule ou se consume. Comme au cinéma donc, des mots de tous les jours sont projetés sur un écran dessiné à la lumière.

La lumière de Thomas Aigle est tout autant actrice que le son de Avia et Orly. Ce sont eux deux qui permettent un récit. Nous sommes chez Godard et  Rohmer où les petits gestes font les grandes histoires. Des clés, une porte, la nuit, une route, la peur, une course… Ce puzzle d’images est fait de postures presque figées, au bord du mime. Elsa Michaud montre ici qu’une attitude féroce et des yeux décidés font le job.

Le duo est très élégant dans l’attitude de l’un envers l’autre. Dans Rien que pour vos yeux, ils ont sans cesse besoin de l’autre sans jamais danser ensemble. La pièce insiste sur les émotions du grand écran. Ici, le travail sur l’éblouissement et la crispation provoque en nous un énervement sans que presque rien d’autre ne se passe. C’est fort !  Saisis, on atteint dans une scène finale digne d’un vrai climax de film d’horreur la jubilation de voir ces jeunes artistes aller au bout de leur idée.

Ils seront sur la scène de la Ménagerie jusqu’au 5 (inclus). Le festival va se clore les 6 et 7 avec Sketches de Hélène Iratchet.

Visuel : ©Elsa Michaud & Gabirel Gauthier ©DR

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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