Performance
Paulo Nazareth moud l’histoire de l’esclavage devant la Bourse de Commerce

Paulo Nazareth moud l’histoire de l’esclavage devant la Bourse de Commerce

25 août 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 11 septembre se tient à Paris et en Ile de France l’excellent festival 4,3,2,1…  de l’Atelier des Artistes en exil. Et jusqu’à demain Paulo Nazareth moud l’histoire de l’esclavage devant la Bourse de Commerce devenue il y a peu la Fondation Pinault.

La performance Moinho de Vento / Windmill (Moulins à vent) de l’artiste brésilien Paulo Nazareth se déroule donc à la fois dans le cadre du festival 4.3.2.1… de l’Atelier des artistes en exil (aa-e) et dans le cadre du festival Un été culturel organisé par la ville de Paris et le ministère de la Culture. Et cela va plus loin encore, cette performance donnée à la FIAC en 2018 a été achetée par la Fondation Pinault qui peut donc l’activer selon un agenda précis. 

Elle met en scène treize participants, tous ont la peau noire et tous sont habillés en blanc, comme des colons. Ils avancent en bloc, comme des esclaves, et il tiennent dans leurs mains comme si c’était, au choix, un bébé ou une urne funéraire, un moulin à café du XIXe siècle, en porcelaine et aux dessins bleus. Le geste est obsessionnel et répétitif. Ils et elles tournent sans cesse les moulins, laissant s’échapper des grains de cafés moulus au sol.

Tout est symbole ici. Il y a au sol des milliers de grains qui dessinent un chemin, des milliers de grains invisibles au départ pour les passants nombreux des Halles. On se rend compte que quelque chose craque sous nos pieds, alors on baisse les yeux, on regarde. Et là quand on regarde plus loin on prend conscience qu’une route est tracée. 

L’image est folle, celle de ces « esclaves » face à ce haut lieu de l’histoire coloniale ou étaient négocié les marchés des blés, des seigles et avoines, des farines, des huiles, des sucres, des alcools et des caoutchoucs. 

La lenteur de la performance donne du poids à l’image. Eux sont tous des artistes exilés. Tous sont accompagnés par l’Atelier des artistes en exil qui fait un travail majeur de soutien à la fois administratif et artistique. Ils viennent de partout où ça va mal : l’Ukraine, le Soudan, le Congo… Et ici, grâce à l’Atelier, ils sont protégés et peuvent travailler. 

Et quel autre symbole que le café peut dire l’asservissement ? Sa culture ayant été si longtemps celle d’une exaction des femmes et des hommes ? Le café c’est pour de l’autre côté de la chaîne, celle des colons, le goût du plaisir, mais pour les esclaves ?

Ils sont treize mais ne sont qu’un, guidés par Yannos Majestikos et avancent de façon circulaire, eux aussi tournent en rond, même parfois sur eux-mêmes à la façon des moulins qu’ils sont devenus, objets utilitaires répondant aux besoins d’un autre. 

Si la performance est belle, elle laisse dans la bouche un goût forcement amer : celui du café froid, qu’on n’aurait pas dû oublier si vite. Car finalement, cette histoire n’a rien de passé, elle se conjugue également malheureusement au présent dans la surexploitation des ressources.

Informations pratiques 

La performance Moinho de Vento / Windmill (Moulins à vent) se donne jeudi 26 août de 14h à 18h, par cycles de 40 minutes. Départ devant la Bourse de Commerce, côté grains !

Déambulation conduite par Yannos Majestikos (RDC), avec Ibrahim Adam (Soudan), Papa Divin (RDC), Abdou Khadr Faye (Sénégal), Hugor L’enga Kingo (RDC), Fabrice Malonda (RDC), Tickson Mbuyi (RDC), Astrid Mvoula (RDC), Grace Nitoumbi (Ukraine), Aribot Seven (Guinée), Perlige Sita (Congo-Brazzaville), Cynthia Tell (Cameroun), D27 (Angola) ; Fabrice Kalonji (RDC) – direction

Gratuit sans réservation
En plein air.

Et, à ne pas rater, vendredi 27 août à 20h au Carreau du Temple, 4 rue Eugène Spuller, la  performance Transition through Reproach Valley de l’artiste afghaneKubra Khadémi. Gratuit, entrée libre. Durée 30 mn.

Visuel ©ABN

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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